Affaire Crépol : 11 accusés renvoyés aux assises pour meurtre aggravé par racisme anti-Blancs
Onze jeunes hommes comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs de la Drôme pour le meurtre de Thomas Perotto, 16 ans, tué en novembre 2023 à Crépol. Le procès ne devrait pas se tenir avant fin 2027.
Meurtre de Crépol : onze renvoyés aux assises, procès attendu fin 2027 au plus tôt
Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto dans le village drômois de Crépol, la justice a renvoyé onze jeunes hommes devant la cour d'assises des mineurs de la Drôme pour meurtre aggravé par du racisme envers « la race blanche et la nation française », rapporte information.tv5monde.com. Un douzième accusé doit répondre de violences volontaires avec arme, selon les conclusions des juges d'instruction consultées par l'AFP.
L'un des onze avait 17 ans au moment des faits, ce qui a conduit les magistrats à orienter l'ensemble du dossier vers la juridiction pour mineurs. Deux avocats de la défense ont d'ores et déjà annoncé leur intention de faire appel, repoussant toute audience au-delà de fin 2027, voire au début 2028. En attendant, sept accusés demeurent en détention, un est assigné à résidence et quatre placés sous contrôle judiciaire.
Une « scène unique » face au silence des témoins
Au total, quatorze jeunes hommes avaient été mis en examen dans cette enquête. Deux ont bénéficié d'un non-lieu. La « loi du silence » qui a entouré l'affaire a empêché les enquêteurs d'identifier l'auteur du coup mortel porté au lycéen de 16 ans à l'issue du bal d'hiver du village.
Les juges d'instruction ont en conséquence retenu le concept pénal de « scène unique », qui permet de poursuivre l'ensemble des membres d'un groupe pour un crime dès lors qu'ils ont tous participé aux violences.
La circonstance aggravante de racisme au cœur du débat
Sur la qualification aggravée, les juges se sont fondés sur les témoignages de 19 témoins « directs » ayant rapporté des propos hostiles aux personnes blanches dans les heures suivant les faits — délai jugé propre à limiter le risque de concertation. Ces témoins affirment notamment avoir entendu : « on est là pour planter des Blancs et tuer des Français » ou « sale Français de merde ».
Le parquet s'était pourtant opposé à l'ajout de cette circonstance aggravante, relevant que ces témoignages étaient « minoritaires », « imprécis » et « contradictoires ».
Du côté de la défense, Mes Seydi Ba et Diala Al-Shaman, qui représentent l'un des accusés, ont vivement contesté la logique retenue : « Comment peut-on renvoyer notre client pour meurtre aggravé par une circonstance de racisme lorsque ni le coup mortel ni aucun propos raciste ne lui sont personnellement imputés ? » Ils ont ajouté : « Nous contestons cette logique d'imputation collective : chacun doit répondre de ses propres actes, et de rien d'autre. »
Me Denis Dreyfus, qui défend plusieurs victimes, s'est en revanche déclaré « très satisfait » de la décision. Il a indiqué à l'AFP que la reconnaissance de la circonstance aggravante allait aider ses clients à aborder le procès « avec une plus grande sérénité » après « l'hypermédiatisation et l'instrumentalisation de cette affaire ».
Retour sur les faits de novembre 2023
Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes venus du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient affrontés à un groupe de jeunes de Crépol à l'issue du bal d'hiver du village. Des couteaux avaient été sortis ; quatre personnes avaient été grièvement blessées. Thomas Perotto, 16 ans, amateur de rugby, était décédé pendant son transport vers l'hôpital.
Les quatorze jeunes interpellés avaient tous été mis en examen pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. Aucun n'a admis avoir porté le coup mortel, y compris lors d'une reconstitution virtuelle organisée un an après les faits.
Réactions politiques
Le drame avait provoqué une forte émotion dans les médias et la sphère politique. La droite et l'extrême droite s'étaient notamment emparées de l'affaire pour dénoncer ce qu'elles qualifient de racisme anti-Blancs dans les banlieues. Une manifestation de l'ultradroite avait eu lieu dans le quartier de la Monnaie peu après les événements.
Vendredi, la maire LR de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval, a salué la décision des juges de retenir « la circonstance aggravante de racisme antiblanc et antifrançais », écrivant sur X : « Affronter la réalité s'impose ! » Le président du groupe LR à l'Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, a abondé dans le même sens sur le même réseau social, estimant que « pendant trop longtemps, certains ont préféré détourner le regard ».
Source: Google News MA — Crime (fr)