Meurtre à Rouen : condamné en 2013, il nie avoir tué son amie malgré des preuves accablantes
Yann T., déjà condamné pour meurtre, est jugé à la cour d'assises de Rouen pour la mort de Laurence, 56 ans, retrouvée poignardée en 2022.

Un récidiviste dans le box des accusés, les contradictions comme seule défense
Selon actu.fr, un procès exceptionnel pour récidive de meurtre s'est tenu à la cour d'assises de Rouen entre le mercredi 23 et le vendredi 25 septembre 2026. Yann T., unique suspect dans l'affaire du meurtre de son amie Laurence, commis à l'automne 2022, clame son innocence depuis le premier jour. « Tout m'accuse », répète-t-il inlassablement depuis le banc des accusés.
Les faits remontent à la nuit du 16 au 17 septembre 2022. Laurence, 56 ans, mère de cinq enfants, est tuée de quatre coups de couteau portés au thorax dans son appartement du 5e étage de la rue du Mail, rive gauche de Rouen. Son corps n'est découvert que cinq jours plus tard, le 21 septembre, par les pompiers alertés par des voisins inquiets de ne plus la voir. La porte d'entrée étant verrouillée, les secours brisent une porte-fenêtre du salon pour pénétrer dans les lieux.
À l'intérieur, ils découvrent Laurence allongée sur son lit, inerte, du sang séché au niveau de la gorge et de la partie haute de la poitrine. Ce qui frappe immédiatement les intervenants, puis les enquêteurs, c'est la forte odeur de javel qui imprègne l'appartement — et le corps de la victime lui-même. Le logement, selon la présidente du tribunal, est « très bien rangé et ne comporte aucune trace de lutte ». Une mise en scène qui suggère que quelqu'un a cherché à effacer ses traces.
L'ADN comme pièce à charge centrale
Les soupçons se cristallisent rapidement sur Yann T., un marginal alcoolique que Laurence hébergeait depuis sa sortie de prison en avril 2022. En échange du logement, il effectuait des tâches ménagères et de menus travaux. Une amitié de trente-cinq ans les liait.
L'accusation dispose d'un faisceau de preuves considérable. Le sang et l'ADN de Yann T. sont retrouvés sur les vêtements et le corps de la victime, notamment au niveau des plaies causées par l'arme du crime. Son profil génétique est également identifié sur un balai Swiffer et une bouteille d'eau de javel, matériels vraisemblablement utilisés pour nettoyer la scène.
Son profil psychologique dressé en cours d'instruction le décrit comme impulsif et susceptible de devenir violent sous l'emprise de l'alcool. Ce schéma n'est pas nouveau : en 2013, il avait été condamné pour le meurtre d'un homme poignardé lors du réveillon de Noël 2010, au cours d'une beuverie.
Yann T. est par ailleurs la dernière personne à avoir vu Laurence en vie. Ce soir-là, une voisine et amie de la victime, Huguette, avait passé le début de la soirée avec eux avant de partir vers 22h, laissant l'accusé et Laurence seuls dans l'appartement, tous deux alcoolisés. Le lendemain matin, vers 11h, une autre voisine le voit quitter précipitamment la résidence.
Des versions qui varient, une défense qui s'effrite
Depuis le début de l'instruction, les déclarations de Yann T. n'ont cessé d'évoluer. En garde à vue, il feint la surprise en apprenant le décès de Laurence. Puis, deux ans après les faits, en 2024, il livre au juge d'instruction une version radicalement différente.
Il affirme cette fois-ci avoir quitté l'appartement en fin de soirée, alors que deux inconnus se présentaient à la porte. Laurence lui aurait « demandé de partir ». Il dit s'être exécuté et être rentré au foyer Saint-Paul, où il disposait d'une chambre depuis sa libération.
Mais en chemin, il se serait rendu compte d'avoir oublié des papiers chez son amie. Faisant demi-tour, il sonne plusieurs fois sans réponse, finit par entrer dans l'immeuble par le local poubelle, monte au 5e étage, et trouve la porte de l'appartement ouverte. C'est là qu'il découvrirait le corps de Laurence sur son lit.
« Sous le choc », selon ses propres termes, il envisage d'abord d'appeler la police. Il se ravise, craignant que son lourd casier judiciaire ne le désigne immédiatement comme coupable. Après plus de deux heures passées dans l'appartement, il entame un nettoyage de la scène, pour effacer les traces laissées lors de ses précédents séjours.
Cette version « ne colle pas », selon Me Jérémy Kalfon, qui défend les intérêts des cinq enfants de Laurence et de son frère Nicolas. L'heure présumée de l'arrivée des deux inconnus, leur description physique, le chemin emprunté pour rentrer au foyer, la méthode de nettoyage de la scène de crime : aucun élément n'est cohérent. « Il a tendance à passer du coq à l'âne », reconnaît elle-même son avocate, Me Sophie De Araujo.
Le mobile reste sans réponse
Quelques mois avant le drame, les deux amis s'étaient brouillés à propos d'une histoire de RSA indûment perçu. Ils s'étaient, selon l'accusé, réconciliés depuis.
Pour Me Kalfon comme pour l'avocat général, la culpabilité de Yann T. ne fait aucun doute. Lui seul connaît les circonstances exactes de la mort de Laurence. Mais à chaque question sur le mobile du meurtre, l'accusé se contente de répondre « je ne sais pas ». L'hypothèse retenue par l'avocat des parties civiles est que Laurence est morte « pour des broutilles » au cours d'une soirée très alcoolisée.
Yann T. se définit lui-même comme « le coupable idéal » — condamné une première fois pour meurtre, hébergé par la victime, présent dans l'appartement le soir du drame, et couvert de traces biologiques. Face aux éléments à charge, il maintient pourtant une ligne de défense : il n'est pas le meurtrier.
Source: Google News FR — Crime (fr)