Affaire Crépol : onze accusés renvoyés aux assises pour meurtre à caractère raciste
Onze jeunes hommes sont renvoyés en cour d'assises pour le meurtre de Thomas Perotto, 16 ans, tué à Crépol en novembre 2023. Le caractère raciste aggravé est retenu.
Meurtre de Crépol : onze mis en accusation devant les assises de la Drôme
Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto, rugbyman de 16 ans tué dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023 au bal de l'hiver du village drômois de Crépol, onze jeunes hommes ont été renvoyés en cour d'assises pour meurtre aggravé par du racisme envers « la race blanche et la nation française », rapporte france24.com.
Un douzième accusé est, lui, renvoyé pour violences volontaires avec arme. L'un des onze principaux accusés étant mineur au moment des faits — il avait 17 ans —, les juges d'instruction ont demandé que l'ensemble du groupe soit jugé par la cour d'assises des mineurs de la Drôme, selon leurs conclusions consultées par l'AFP.
La circonstance aggravante de racisme au cœur du débat
Le parquet s'était opposé à l'ajout de la circonstance aggravante de « discrimination objective », jugeant les témoignages en ce sens « minoritaires », « imprécis » et « contradictoires ». Les juges d'instruction ont néanmoins écarté cette position, s'appuyant sur les déclarations de 19 témoins « directs » ayant rapporté des propos hostiles aux personnes blanches dans les heures suivant immédiatement les faits — ce délai réduisant, selon eux, le risque de concertation entre témoins.
Parmi les phrases citées figurent notamment : « on est là pour planter des Blancs et tuer des Français » ou encore « sale Français de merde ».
Pour justifier la mise en cause collective des onze accusés, les magistrats ont retenu le concept pénal de « scène unique », qui permet d'imputer un crime à l'ensemble des membres d'un groupe dès lors qu'ils ont tous participé aux violences. En raison d'une « loi du silence », les enquêteurs n'ont pas pu établir lequel d'entre eux a porté le coup mortel.
Appel annoncé par la défense, procès pas avant fin 2027
Deux avocats de la défense ont annoncé leur intention de faire appel de l'ordonnance de renvoi, contestant les chefs de mise en accusation. Le procès ne devrait dès lors pas se tenir avant fin 2027, voire début 2028. En attendant, sept accusés demeurent en détention provisoire, un est assigné à résidence et quatre placés sous contrôle judiciaire.
Sur les quatorze jeunes hommes initialement mis en examen — tous pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée —, deux ont bénéficié d'un non-lieu.
Mes Seydi Ba et Diala Al-Shaman, qui défendent l'un des accusés, ont mis en cause la logique retenue : « Comment peut-on renvoyer notre client pour meurtre aggravé par une circonstance de racisme lorsque ni le coup mortel ni aucun propos raciste ne lui sont personnellement imputés ? » Ils ont ajouté : « Nous contestons cette logique d'imputation collective : chacun doit répondre de ses propres actes, et de rien d'autre. »
Me Denis Dreyfus, qui représente plusieurs victimes, s'est en revanche dit « très satisfait » que la circonstance aggravante ait été retenue. Il a déclaré à l'AFP que cette qualification allait aider ses clients à aborder le procès « avec une plus grande sérénité », après « l'hypermédiatisation et l'instrumentalisation de cette affaire ».
Rappel des faits et réactions politiques
Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes issus du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient affrontés avec un groupe de jeunes de Crépol à l'issue du bal du village. Des couteaux avaient été sortis ; quatre personnes avaient été grièvement blessées. Thomas Perotto était décédé lors de son transport à l'hôpital.
L'affaire avait suscité une vive émotion dans les médias et la sphère politique. La droite et l'extrême droite s'en étaient emparées pour dénoncer un racisme anti-Blancs dans les banlieues. Une manifestation de l'ultradroite, aux allures d'expédition punitive, avait eu lieu dans le quartier de la Monnaie peu après le drame.
La maire LR de Romans-sur-Isère, Marie-Hélène Thoraval, a salué vendredi la décision des juges de retenir « la circonstance aggravante de racisme antiblanc et antifrançais ». « Affronter la réalité s'impose ! », a-t-elle écrit sur X. Le chef des députés LR Laurent Wauquiez a abondé dans le même sens sur le même réseau social, estimant que « pendant trop longtemps, certains ont préféré détourner le regard ».
Source: Google News FR — Crime (fr)