Harcèlement moral à Chartres-de-Bretagne : l'ex-adjoint et l'ex-directrice jugés à Rennes

Deux anciens responsables de la mairie de Chartres-de-Bretagne comparaissaient mardi devant le tribunal pour harcèlement moral envers une agente. Le jugement est attendu début juin.

Harcèlement moral à Chartres-de-Bretagne : l'ex-adjoint et l'ex-directrice jugés à Rennes

« À l'époque, la mairie, c'était Dallas » : procès pour harcèlement moral à Chartres-de-Bretagne

Selon actu.fr, Jean-Guy Cluze, ancien adjoint chargé des travaux et des marchés publics, et Carole-Anne, ancienne directrice du pôle aménagement et cadre de vie de Chartres-de-Bretagne, comparaissaient mardi 12 mai 2026 devant le tribunal correctionnel de Rennes. Ils y répondaient d'accusations de harcèlement moral envers Lucie, ancienne responsable du service environnement de cette commune du sud de Rennes.

L'affaire s'inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu à la mairie, marqué par des accusations de malversations, une crise interne entre élus et une précédente condamnation pour escroquerie et abus de confiance. L'avocate de la partie civile, Me Gwendoline Tenier, a résumé l'atmosphère de l'époque en une formule : « À l'époque, la mairie, c'était Dallas », en référence à la célèbre série télévisée américaine dépeignant la rivalité de deux familles au Texas.

Une relation professionnelle dégradée à partir de 2019

Tout commence au printemps 2019. La relation entre Lucie et sa supérieure hiérarchique Carole-Anne, jusque-là décrite comme « fluide », se détériore lorsque de nouvelles missions sont confiées à Lucie sans accompagnement particulier. Les reproches s'accumulent rapidement. « Je ne faisais pas mon travail, les dossiers prenaient du retard, je manquais d'organisation », a énuméré Lucie à la barre.

Carole-Anne adresse alors un courrier au maire de l'époque, Philippe Bonnin (ex-PS), dans lequel elle décrit sa subordonnée comme une « perverse narcissique ». Philippe Bonnin, qui a exercé trente ans de mandat et n'a pas sollicité sa réélection aux municipales de mars dernier, a depuis été remplacé par David Le Borgne (divers gauche).

Soupçons de vol et surveillance au domicile

Les deux prévenus sont accusés d'avoir entretenu des soupçons persistants à l'encontre de Lucie, pourtant jamais mise en cause par la justice. Ils l'auraient soupçonnée de voler des végétaux commandés par la commune, d'utiliser les cartes essence de la mairie à des fins personnelles, ou encore de financer le terrassement de sa maison avec des fonds municipaux.

Jean-Guy Cluze est allé jusqu'à effectuer « un tour à vélo » au domicile de la responsable de service pour vérifier ses suppositions. À son retour de plusieurs mois d'absence en mars 2020 — après un voyage de noces puis une opération —, un chef de service l'aurait accueillie avec ces mots : « Voilà le retour de la voleuse. »

Une crise politique qui emporte sept élus

Le printemps 2021 marque, selon de nombreux agents entendus durant l'enquête, le point culminant d'un « climat délétère » à la mairie. Sept élus auraient adressé des lettres au procureur de la République et à la présidente de la chambre régionale des comptes pour dénoncer des malversations présumées. Le 8 septembre 2021, ils dénoncent publiquement un « manque de transparence » dans les prises de décisions municipales. Quatre sont démis de leurs fonctions ; les trois autres démissionnent par solidarité.

Jean-Guy Cluze faisait partie de ce « groupe des sept », qui tenait le maire « pour seul responsable de la crise ». C'est dans ce contexte que lui et Carole-Anne sont accusés d'avoir fait de Lucie la cible de leurs soupçons.

Stress post-traumatique et demande d'expertise

Lucie, qui a pris la direction du pôle ressources techniques en mars 2023, dit avoir compris à ce moment-là qu'elle était « passée à un autre stade ». Elle souffre aujourd'hui d'un « stress post-traumatique », selon le médecin légiste qui l'a examinée. Me Tenier a sollicité une expertise médico-psychiatrique de sa cliente, estimant que « son état psychologique est inquiétant ». Pour l'avocate, Lucie s'est retrouvée « prise dans un combat politique entre différents groupes ».

Les prévenus plaident leur bonne foi

Carole-Anne, aujourd'hui responsable des projets structurants et de la voirie à la ville de Fougères, assure avoir simplement « alerté sur des faits concrets qui ont été étouffés par le maire » de l'époque. « Il y avait des rumeurs, mais je ne les alimentais pas », a-t-elle déclaré, tout en affirmant n'avoir « absolument rien contre Lucie ». Elle se décrit elle-même comme ayant été « la pestiférée de la commune » après avoir été écartée des services techniques.

Les avocats des deux prévenus, Mes Pierre-Yves Launay et Delphine Caro, ont plaidé la relaxe, invoquant un contexte de « rumeurs », d'« ouï-dire » et d'« allégations » qui ne saurait constituer un harcèlement moral caractérisé.

Le parquet s'en remet au tribunal

La procureure de la République a, de son côté, remis sa position « à la sagesse du tribunal », soulignant la complexité de l'infraction de harcèlement moral. Le tribunal correctionnel de Rennes a mis son jugement en délibéré ; la décision est attendue début juin.

Le prénom de la partie civile a été modifié.

Source: Google News FR — Crime (fr)

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