Procès Renault-Nissan : Rachida Dati nie tout conflit d'intérêts après quatre heures d'interrogatoire
Au troisième jour de son procès pour corruption, Rachida Dati a défendu son rôle d'avocate pour Renault-Nissan, invoquant le secret professionnel face aux questions du tribunal.

Rachida Dati face au tribunal : quatre heures d'interrogatoire sur ses liens avec Renault-Nissan
Selon BFM TV, Rachida Dati a comparu lundi 21 septembre pour le troisième jour de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris, poursuivie pour « corruption passive » et « trafic d'influence passif » dans l'affaire Renault-Nissan. L'interrogatoire, conduit par la présidente de la formation de jugement, a duré plus de quatre heures.
Très droite à la barre, l'ancienne garde des Sceaux a répondu d'une voix faible aux questions portant sur son installation et son rôle au sein du Parlement européen. La magistrate a passé en revue le règlement intérieur de l'institution, article par article, notamment les dispositions relatives aux conflits d'intérêts.
Le secret professionnel comme bouclier
La présidente a relevé que Rachida Dati n'avait pas déclaré au Parlement européen percevoir 25 000 euros par mois de la part d'une filiale de Renault-Nissan. L'ex-ministre s'est défendue d'avoir enfreint les règles, invoquant le secret professionnel des avocats pour justifier l'absence du nom du groupe dans ses déclarations. « Pour les avocats, vous ne pouvez pas déclarer les noms des clients. Vous êtes soumis au secret professionnel », a-t-elle lancé.
La présidente a poursuivi son interrogatoire méthodiquement : pourquoi ses premières questions au Parlement portaient-elles sur l'industrie automobile ? Pourquoi l'une d'elles avait-elle été transmise à Carlos Ghosn avant même sa publication sur le site du Parlement ? À chaque fois, Rachida Dati a nié avoir agi en faveur de Renault dans l'enceinte parlementaire.
Une « belle victoire » au Parlement projetée par le tribunal
Le tribunal a décidé de projeter une « note blanche » rédigée par l'assistant de Rachida Dati, dans laquelle il est fait mention de « la belle victoire obtenue au Parlement » sur la question du niveau sonore des véhicules électriques. Ce document était destiné à Carlos Ghosn.
Face à cette pièce, l'ancienne ministre a maintenu sa ligne de défense : son intervention pour Renault se limitait au Moyen-Orient et au Maghreb, non à l'Europe.
Un rôle revendiqué au Maroc, en Iran et en Turquie
Sur le volet géographique, Rachida Dati a affirmé avoir participé à un groupe de travail « de haut niveau » au Maroc, qui aurait facilité l'implantation de l'usine de Tanger, représentant un investissement d'1,1 milliard d'euros. La présidente a relevé qu'elle était la seule représentante de Renault dans ce groupe, que les réunions se tenaient à l'ambassade du Maroc à Paris et qu'elle n'avait pas assisté à l'inauguration de l'usine.
Sur l'Iran, la Turquie et l'Algérie, elle a affirmé avoir joué « un grand rôle ». « J'ai identifié les personnes clés pour maintenir les investissements de Renault en Iran. Moi, quand j'interviens, les décideurs en Iran avaient fermé les usines Renault dans le pays », a-t-elle expliqué. Elle a ajouté n'avoir conservé aucune trace de ces activités, invoquant la sensibilité des sujets. Le tribunal s'est trouvé dans l'impossibilité de vérifier ces affirmations.
« Je ne suis pas un amateur »
En fin d'interrogatoire, Rachida Dati a rejeté l'hypothèse d'un malentendu avec Carlos Ghosn sur le périmètre de sa mission. « Non, on parle clairement du Maghreb. Si on était sur autre chose, évidemment, j'aurais refusé. À aucun moment, on évoque l'Europe. Je ne suis pas un amateur. J'ai eu d'autres clients, y compris en même temps », a-t-elle assuré.
Elle a également mis en doute la logique d'une corruption pour trois questions parlementaires. « Carlos Ghosn a transformé la régie Renault. Il avait une attente, c'étaient des résultats. Toutes les usines du monde, ils les inauguraient avec des chefs d'État. Il n'avait pas besoin de moi pour trois questions au Parlement », a-t-elle déclaré.
Source: BFM TV