Procès Dati à Paris : l'ex-ministre nie tout lobbying pour Renault et Carlos Ghosn
Rachida Dati, jugée pour corruption au tribunal correctionnel de Paris, conteste avoir exercé la moindre activité de lobbying pour le compte de Renault.

Troisième journée d'audience : Dati face aux questions sur ses missions pour Renault
Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice et ex-eurodéputée, comparaît depuis mercredi dernier devant le tribunal correctionnel de Paris dans une affaire de corruption et de trafic d'influence. Elle est jugée aux côtés de l'ex-PDG de Renault Carlos Ghosn pour avoir perçu 900 000 euros du constructeur automobile pendant son mandat au Parlement européen. Selon rtl.fr, qui couvre les audiences en direct, la troisième journée du procès a été marquée par des confrontations serrées entre la présidente du tribunal et la prévenue.
"Jamais aucun contact avec aucun lobbyiste"
La présidente a rappelé en début d'audience le cadre très encadré du lobbying au Parlement européen, avant d'interroger Rachida Dati sur une question écrite qu'elle avait déposée le 9 juillet 2012, portant sur le niveau sonore des véhicules. La magistrate a lu à voix haute la formulation de la question, qui évoquait la nécessité de "stabilité juridique" pour les fabricants automobiles.
Rachida Dati a affirmé que cette question découlait des débats en cours à l'époque sur la crise financière. "C'est une question écrite donc forcément validée. Je pose une question sur la prévisibilité et la stabilité", a-t-elle déclaré. Elle a ensuite réaffirmé : "Je n'ai jamais eu aucun contact avec aucun lobbyiste."
La présidente l'a également interrogée sur les raisons pour lesquelles "les opérationnels du Maroc n'ont jamais entendu parler" d'elle, selon les auditions de salariés de Renault au Maroc. Rachida Dati a maintenu sa position : "Ces auditions ne disent pas c'est impossible qu'elle soit intervenue", tout en reconnaissant que "tout le monde dit que c'est improbable". Elle a précisé le sens de sa mission alléguée : "S'agissant de mon contrat au Maroc, l'urgence pour Carlos Ghosn était de s'assurer du financement, de la pérennité et de la stabilité du financement" et de veiller à ce que "la relation de confiance avec le roi du Maroc ne soit pas rompue à cause des péripéties du projet pour l'Alliance."
Un eurodéputé spécialiste de la transparence à la barre
L'eurodéputé allemand Daniel Freund, engagé sur les questions de transparence et de lutte contre la corruption au Parlement européen, a été appelé à témoigner. Il a rappelé qu'il est aujourd'hui interdit aux eurodéputés de percevoir des revenus annexes, tout en constatant que certains de ses collègues continuent d'en percevoir "de la part d'entreprises qui ont des activités de lobbyistes".
Interrogé par l'association Anticor, partie civile dans ce procès, Daniel Freund a indiqué qu'un eurodéputé n'est pas tenu d'obtenir l'accord de son groupe politique pour déposer une question écrite : "Dans mon groupe, non — chaque député est libre." Il a également estimé que la seule mention de la qualité d'"avocate" dans les déclarations d'intérêts de Rachida Dati "ne donne pas assez de détails" au regard du code de conduite du Parlement.
Les avocats de la défense ont ensuite pris le relais pour l'interroger à leur tour.
L'ancienne assistante de Ghosn se souvient de la mission "Maghreb"
Anja Wernersbach, ancienne assistante de direction personnelle de Carlos Ghosn, a ensuite été appelée à la barre — citée par la défense de Rachida Dati. Elle a indiqué ne jamais avoir été entendue auparavant et s'être dite "contente" de pouvoir témoigner. Son rôle consistait notamment à organiser l'agenda de Carlos Ghosn, qui alternait en général deux semaines en France pour Renault et deux semaines au Japon pour Nissan.
Anja Wernersbach a déclaré se souvenir que Carlos Ghosn avait annoncé : "Mme Dati va travailler pour nous, pour les pays du Maghreb notamment le Maroc, Tanger, parce qu'elle connaît bien ces pays-là." Elle a précisé ne pas avoir eu connaissance du contenu exact de la mission : "Je n'entrais pas dans ces détails-là."
Elle se souvient d'une première rencontre avec Rachida Dati en 2009, peu après que celle-ci avait quitté le ministère de la Justice. Carlos Ghosn avait évoqué devant les juges d'instruction une rencontre dès 2007, mais Anja Wernersbach a indiqué ne pas en avoir le souvenir.
Sur la question d'un mail que Rachida Dati aurait adressé à Carlos Ghosn, l'ancienne assistante a précisé, à la demande de l'avocat de la défense Me Antoine Beauquier, qu'elle ne se souvenait pas de ce message. Elle recevait en revanche les newsletters de la députée sur le Parlement européen, mais s'était fait dire de "les jeter à la poubelle".
Interrogée par le Parquet national financier (PNF) sur l'éventuel impact de l'"affaire des espions" sur les méthodes de travail de son ancien patron, elle a reconnu que oui. Elle a également confirmé que Rachida Dati l'appelait régulièrement pour demander des rendez-vous avec Carlos Ghosn : "La plupart du temps, c'est Mme Dati qui téléphonait."
Avant de quitter la barre, Anja Wernersbach a indiqué avoir prévenu Carlos Ghosn de sa venue au tribunal et lui avoir demandé ce qu'elle devait dire. "Dites la vérité", lui aurait-il répondu.
La suite de l'audience fixée à mercredi
L'audience de lundi s'est achevée sans que toutes les parties aient pu interroger l'accusée. Le procès reprendra mercredi, avec les questions des différentes parties qui n'ont pas encore pu s'adresser à Rachida Dati, ainsi que l'audition de huit témoins. Une demi-journée supplémentaire est prévue jeudi matin pour entendre notamment des représentants d'organisations non gouvernementales.
Source: Google News LU FR