Procès Dati : l'ex-ministre se présente comme « député lambda » pour écarter les accusations de corruption
Rachida Dati comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d'influence. Elle minimise son rôle au Parlement européen.

Rachida Dati minimise son rôle au Parlement européen face aux juges parisiens
Selon 20minutes.fr, Rachida Dati a comparu ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris, où elle est poursuivie pour corruption et trafic d'influence. L'ex-ministre de la Justice est soupçonnée d'avoir perçu 900 000 euros d'une filiale de Renault-Nissan en échange de lobbying illégal au sein du Parlement européen entre 2009 et 2013.
Debout à la barre, vêtue d'un tailleur-pantalon noir, Dati a répété à plusieurs reprises combien sa présence à Bruxelles était réduite et son implication marginale. « J'étais très peu présente », a-t-elle affirmé, elle qui fut pourtant députée européenne de 2009 à 2019. Sa stratégie de défense consiste à se présenter comme une « députée lambda », voire comme une mauvaise élève de l'hémicycle européen.
Elle a indiqué ne se rendre à Bruxelles que pour les séances plénières, ce qui lui assurait un revenu mensuel de 7 600 euros. L'essentiel du travail revenait, selon elle, à ses deux collaborateurs. « C'était eux qui me préparaient toutes mes interventions, je n'ai jamais rien changé », a-t-elle déclaré devant une salle archicomble. Elle a ajouté que ses assistants choisissaient eux-mêmes les thématiques à traiter. La présidente du tribunal, Claire Saas, s'en est étonnée : « Vous ne leur donniez pas les grandes lignes ? » « Sur les questions écrites, jamais », a répondu la prévenue.
Trois questions écrites au cœur des soupçons
Trois questions écrites portant sur le secteur automobile alimentent les soupçons de lobbying. Le tribunal a cherché à comprendre pourquoi l'une d'elles — relative au niveau sonore des véhicules — avait été transmise en amont au secrétariat de Carlos Ghosn. Dati a évoqué une confusion entre la date de création et la date d'envoi du fichier. Elle a reconnu que le document avait bien été transmis à Renault, mais a soutenu qu'il s'agissait d'une pratique habituelle. « Les questions écrites sont envoyées à tous les secteurs concernés », a-t-elle expliqué.
La présidente lui a alors demandé si elle avait pris soin d'adresser cette même question à l'ensemble des constructeurs automobiles, et pas uniquement à Renault. « Mes collaborateurs ont dû le faire », a répondu Dati, esquivant la question.
Un contrat présenté comme du travail d'avocate
Depuis le début de l'affaire, l'ancienne garde des Sceaux soutient que la convention d'honoraires signée avec Renault visait exclusivement à rémunérer son activité d'avocate — plus précisément ses conseils juridiques pour l'expansion du groupe au Maghreb, en Iran et en Turquie. « Je ne suis pas un amateur, j'ai eu d'autres clients. Pourquoi j'aurais été corrompue ? Pourquoi j'aurais fait du lobbying ? », a-t-elle lancé.
Peu de documents attestent cependant de la réalité de ce travail juridique. Dati a affirmé que Carlos Ghosn préférait les « comptes rendus oraux » et qu'elle n'avait pas conservé d'« archives au-delà de cinq ans ».
La question du conflit d'intérêts
« Je n'ai jamais été en situation de conflit d'intérêts », a-t-elle insisté. Le tribunal a relevé qu'elle avait attendu un an après être devenue avocate pour en informer le Parlement. « Conforme à l'administration parlementaire », a-t-elle balayé. Sur l'absence de signalement de Carlos Ghosn comme client, elle a invoqué le secret professionnel.
Un courriel envoyé par l'un de ses collaborateurs européens sur sa messagerie d'avocate — plutôt que sur celle de députée — a également été examiné. Ce message suggérait d'accompagner une « note blanche », retrouvée par la suite chez Renault, d'une note manuscrite indiquant : « Nous avons obtenu une belle victoire cette semaine sur le texte concernant le niveau sonore des véhicules. » Le tribunal a interrogé Dati sur ce mélange des genres. Elle a rejeté toute irrégularité, affirmant que le terme « nous » renvoyait à son groupe politique et que la note blanche n'avait rien de confidentiel. « Il s'agissait d'une sorte de newsletter, un mélange d'agenda et de décisions publiques. Tout était public », a-t-elle soutenu.
Rachida Dati encourt jusqu'à dix ans de prison et 450 000 euros d'amende.
Source: Google News LU FR