Procès Aramburu : Romain Bouvier dit avoir tiré en "panique totale" sans vouloir blesser

Poursuivi pour tentative d'assassinat, Romain Bouvier a affirmé mardi devant la cour d'assises de Paris n'avoir jamais voulu toucher l'ex-rugbyman argentin.

Procès Aramburu : Romain Bouvier dit avoir tiré en "panique totale" sans vouloir blesser

Bouvier à la barre : "Je n'ai jamais voulu lui faire du mal"

Selon France Info, Romain Bouvier — collectionneur d'armes comparaissant pour tentative d'assassinat — a livré mardi 22 septembre son témoignage devant la cour d'assises de Paris. Il est le premier à avoir ouvert le feu sur Federico Martin Aramburu, boulevard Saint-Germain, dans la nuit du 19 mars 2022. Quatre coups de revolver en quatre secondes, deux impacts sur l'ancien international argentin : à la cuisse droite et au thorax. Mais c'est Loïk Le Priol, son co-accusé, qui a porté le coup fatal, avec six détonations supplémentaires.

Bouvier, 35 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité, tout comme Le Priol, jugé lui pour assassinat. Une troisième accusée, Lyson Rochemir, comparaît pour complicité de tentative d'assassinat.

Une soirée qui bascule après une bagarre au Mabillon

Tout avait commencé à la terrasse du bar parisien Le Mabillon. Ce soir-là, Bouvier enchaîne les cocktails au rhum avec Le Priol et Rochemir. Federico Martin Aramburu et son compagnon de soirée Shaun Hegarty s'installent à proximité. Selon Bouvier, l'atmosphère est alors sereine : "Tout se passait bien dans le meilleur des mondes."

La situation dégénère. Le Priol aurait donné des petites tapes sur la joue de Hegarty — un geste que Bouvier dit ne pas avoir vu. Lorsqu'Aramburu attrape la capuche de Le Priol pour le faire tomber, Bouvier se dit "interloqué". Une rixe éclate. "Je commence à être dans une incompréhension totale. Très vite, je me lève, j'ai encore ma cigarette à la main. Je me rapproche. (...) Je prends un énorme coup de poing dans le visage", a-t-il relaté à la cour. Trois serveurs et le videur du Mabillon mettent fin à l'altercation.

La peur pour Le Priol, moteur de ses actes selon lui

Loïk Le Priol disparaît alors du champ de vision de Bouvier. Ce dernier monte dans une Jeep conduite par Rochemir, convaincu que son "héros de guerre" est en danger. "Je suis dans la peur qui commence à monter crescendo. La peur pour Loïk. Où il est ? Et dans quel état il est ? (...) Autant il a été battu à mort ?" a-t-il déclaré devant les magistrats. Il se représente mentalement la scène : "Loïk par terre avec nos deux agresseurs en train de le tabasser."

À l'endroit où la Jeep s'immobilise, Le Priol est pourtant absent. Le président de la cour lui demande pourquoi il n'a pas simplement appelé son ami à voix haute. "Je suis paralysé", a répondu Bouvier depuis son box.

"Je tire par terre pour qu'il recule"

C'est à ce moment que Bouvier descend du véhicule, revolver en main, face à Federico Martin Aramburu. Selon sa version, l'ancien rugbyman "avance" sur lui et lui lance : "T'es mort." "Il y a une panique totale qui m'a rendu dingue, au point qu'instinctivement je sorte mon arme. Je tire par terre pour qu'il recule. Dans mon esprit, c'est pour qu'il voie la flamme du feu, pour qu'il entende les détonations", a-t-il expliqué, affirmant avoir agi avec "une intention de dissuasion". "Je n'ai jamais voulu le toucher. Tout ce que je voulais, c'est toucher le sol pour qu'il prenne le plus de distance possible avec moi."

Des images de vidéosurveillance, projetées à l'audience, contredisent partiellement ce récit : elles montrent Aramburu reculant nettement dès le premier tir, tandis que Bouvier tient le bras tendu. L'accusé a reconnu l'écart entre intention et réalité : "Entre ce que j'ai voulu faire et ce que j'ai réellement fait, il y a un monde." Il a évoqué la possibilité d'avoir tiré le poignet orienté vers le bas. "Comme un con, je me suis fourré dans ce guêpier."

La qualification de tentative d'assassinat contestée

Face aux questions répétées du président sur son intention homicide, Bouvier a fini par s'emporter. "Je n'ai jamais voulu tuer M. Aramburu ! À un moment donné, c'est trop cet acharnement !" Il admet mériter la prison, mais pour des "violences avec arme", pas pour la tentative d'assassinat retenue par les juges d'instruction. Ancien étudiant en droit qui se rêvait avocat, il conteste ainsi la qualification pénale la plus lourde pesant sur lui.

"Une culpabilité immense" depuis quatre ans et demi

Depuis la nuit du 19 mars 2022, Bouvier dit porter une "culpabilité immense" d'avoir blessé l'ancien sportif. "Je voudrais dire à la famille de M. Aramburu que je pense à eux tous les jours, et que je n'ose même pas les regarder par peur de les offenser", a-t-il déclaré, le dos tourné aux parties civiles.

Il a également évoqué une causalité qui le hante : si ses quatre tirs n'avaient pas eu lieu, les six détonations de Le Priol — dont le coup fatal — auraient-elles suivi ? Bouvier en est convaincu : "J'ai provoqué les tirs qui l'ont fait revenir. Si je n'avais pas tiré, M. Aramburu serait encore avec ses enfants."

Les deux militants d'ultradroite avaient pris la fuite après les tirs. Le Priol avait été arrêté en Espagne plusieurs semaines après les faits. Tous deux nient la préméditation.

Source: France Info

Read this article in English