Ex-djihadiste Othman Garrido condamné à 30 ans de réclusion à Paris

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné mardi le Français Othman Garrido à 30 ans de réclusion criminelle pour meurtres en bande organisée en Syrie.

Ex-djihadiste Othman Garrido condamné à 30 ans de réclusion à Paris

30 ans de prison pour l'ex-djihadiste français Othman Garrido

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné mardi soir Othman Garrido à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers. Selon DHnet, le Montpelliérain de 32 ans, ancien membre de l'organisation État islamique (EI), a été reconnu coupable de meurtres en bande organisée et d'association de malfaiteurs terroriste, mais acquitté du chef d'assassinat.

L'avocat général avait requis la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans. La cour a rendu une décision plus mesurée, que la défense a partiellement saluée. "La cour a tenu compte de son parcours en détention et l'a logiquement acquitté du chef d'assassinat", a déclaré Me Antoine Ory, avocat de Garrido, auprès de l'AFP.

Acquittement sur la photo, condamnation sur les clichés irréfutables

Le chef d'assassinat reposait sur une photographie de mauvaise qualité, ni datée ni géolocalisée, montrant un homme au visage partiellement masqué posant avec une tête décapitée. Ce cliché avait été retrouvé dans un téléphone portable attribué à l'épouse de Garrido, récupéré par les Américains en Syrie après la défaite de l'EI en 2019. Les experts n'ont jamais formellement identifié l'individu sur l'image comme étant Garrido ; l'accusation s'appuyait sur les vêtements, la posture et la silhouette.

En revanche, la cour a établi sa présence lors d'une double exécution publique de deux Iraniens en septembre 2015 à al-Qaryatayn, en Syrie. D'autres photos retrouvées dans le même téléphone le montrent dans le pick-up transportant les condamnés, puis les mains sur les épaules de deux bourreaux — les djihadistes français Oumar Diaw et Yacine Rettoun, tous deux morts depuis — posant en souriant devant les deux cadavres décapités.

Un parcours familial hors norme

Le procès, ouvert le 14 septembre, a mis en lumière une trajectoire singulière parmi les quelque 1 500 djihadistes français partis rejoindre l'EI dans la décennie 2010. Garrido s'est lui-même décrit comme "né radicalisé" au sein d'une famille ultra-religieuse, sous l'emprise d'un père converti à l'islam. L'avocat général avait reconnu dans son réquisitoire la puissance de cette figure paternelle et décrit la famille Garrido — trois frères et deux sœurs — comme une cellule "sous cloche, renfermée sur elle-même et radicalisée".

"C'est une famille de combat islamiste. C'est une famille où les enfants ne dessinent pas les visages, où on achète une télé pour la caillasser", avait-il précisé.

Après une enfance partagée entre la France et le Maroc, Garrido a été scolarisé seulement quelques années à l'adolescence avant de travailler avec son père sur le marché de La Paillade à Montpellier, alors réputé comme un foyer du salafisme. C'est dans l'entourage paternel qu'il aurait trouvé en Ahmed al-Mezgaldi une nouvelle figure d'autorité, présentée à l'audience comme celle qui l'aurait encouragé à partir en Syrie. Il a quitté la France en 2012, à 18 ans, en "pionnier", avant d'être rejoint par le reste de sa famille.

Le débat sur la libre volonté

L'accusation a insisté sur l'émancipation progressive des frères Garrido, arguant qu'ils "avaient le choix de sortir de cet embrigadement, pas facile, mais ils l'avaient". La défense a contesté cette analyse, rappelant que des experts avaient mis en évidence des "mécanismes sectaires" au sein de la famille et l'impossibilité pour un jeune de 18 ans de s'extraire d'un tel milieu.

Au fil des audiences, Garrido a relaté un parcours en détention marqué par des études, un suivi psychologique et une distanciation affichée avec l'idéologie djihadiste. Les experts ont reconnu cette évolution, mais l'accusation l'a jugée "suspecte" et presque trop lisse.

Me Louise el-Yafi, avocate de l'Association française des victimes de terrorisme (AFVT), partie civile, avait résumé mardi matin la difficulté de cerner l'accusé. "Ni djihadiste convaincu, ni repenti parfait. Qu'est-ce qu'on fait de toute cette complexité ?", s'était-elle interrogée, avant de s'adresser directement à Garrido : "Est-ce qu'il dissimule, est-ce qu'il est sincère ? La vérité, c'est que je n'en sais rien."

Source: DHnet

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