Trafic de crack à Paris : 18 mois ferme et interdiction du territoire pour un dealer du XIXe
Un homme interpellé sur les quais de Seine pour trafic de crack a été condamné à 18 mois ferme par la 23e chambre correctionnelle de Paris.

Audience en comparution immédiate : le déni face aux juges du XIXe
Comme le rapporte jss.fr, c'est sur les quais de Seine, dans le XIXe arrondissement de Paris, que des policiers en surveillance ont repéré Saoudi D. réaliser deux transactions de crack avec deux acheteurs distincts, dans un secteur « bien connu de leurs services ».
Les faits, présentés par la présidente de la 23e chambre correctionnelle — celle des comparutions immédiates — comme « assez simples », comportent pourtant quelques zones d'ombre. Le prévenu, désigné dans le jargon du milieu comme un modou — terme issu du wolof — aurait avalé les sachets thermosoudés qu'il stockait en bouche, selon le mode opératoire classique. Le second acheteur, lui aussi interpellé, aurait écrasé sa « galette » sur le trottoir, laissant des traces blanchâtres sur le macadam.
Lors de la fouille de Saoudi D., les agents ont retrouvé plus de 200 euros en petite monnaie. Une somme cohérente avec les dossiers de crack habituels, mais que le prévenu attribue à la mendicité pratiquée dans les jours précédents.
« Vous n'avez jamais rien fait » : la présidente s'agace
La magistrate ne cache pas son irritation. Ce n'est pas la première fois que Saoudi D. est interpellé pour des faits similaires, même si la dernière occurrence remonte à près de trois ans — un intervalle durant lequel il a été incarcéré et a séjourné au Portugal. « À chaque affaire, c'est pareil, vous n'avez jamais rien fait… donc ça fait quand même beaucoup d'erreurs des policiers, et des tribunaux d'ailleurs, puisque vous êtes condamné à chaque fois ! », lui lance-t-elle.
Saoudi D. maintient sa version : « J'ai rien fait, je suis parti là-bas pour fumer, et j'ai fumé, quoi. Ils ont rien retrouvé sur moi, j'avais rien ! » Il est pourtant contrôlé positif à la cocaïne, composant du crack.
La procureure requiert trois ans ferme et une interdiction définitive du territoire
La représentante du parquet se montre sans concession. « On l'interpelle sur le fait, et on retrouve une substance au sol, je ne vois pas ce qu'on pourrait avoir de plus », déclare-t-elle. Elle qualifie la position du prévenu de « mauvaise foi confondante » et estime qu'« il a peur de la sanction, et il a raison d'avoir peur ». Elle requiert trois ans d'emprisonnement ferme avec mandat de dépôt, ainsi qu'une interdiction définitive du territoire français (ITF), en complément de celle de dix ans déjà prononcée en 2023.
La défense invoque les lacunes du dossier policier
L'avocate de Saoudi D. reconnaît le caractère « énervant » de ce type de dossier, y compris pour la défense, mais pointe des insuffisances dans les éléments à charge. Elle soulève d'abord une question d'identification : « Vous avez un Noir, habillé en noir, dans le noir, ça interroge quand même sur la capacité des policiers à identifier Monsieur. » Elle note ensuite que le procès-verbal d'interpellation évoque la remise de « quelque-chose », sans mentionner le moindre paiement en contrepartie, ce qui, selon elle, ne permet pas de caractériser une transaction.
Sur le refus de son client de passer une radio, elle relève que le médecin avait invité les policiers à surveiller ses selles — une surveillance qu'elle juge peu ragoûtante mais juridiquement pertinente quant à l'absence de preuve matérielle.
Plus largement, elle conteste la logique pénale à l'œuvre : « La seule raison de sa présence ici, c'est une politique pénale répressive pour les consommateurs comme lui. » Elle plaide également contre une nouvelle ITF, estimant que, sans elle, le tribunal pourrait permettre à Saoudi D. de « reprendre pied au Portugal », là où une interdiction supplémentaire le conduirait directement en centre de rétention administrative.
Le tribunal prononce 18 mois ferme
Le tribunal n'a pas suivi les réquisitions du parquet dans leur intégralité. Saoudi D. a été condamné à 18 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt, assortis d'une seconde interdiction du territoire français pour une durée de dix ans.
Source: Google News FR — Crime (fr)