Procès Ullens à Nivelles : Nicolas jugé pour le meurtre de sa belle-mère à Lasne
La cour d'assises du Brabant wallon examine le meurtre de la baronne Myriam Lechien, abattue en mars 2023 par son beau-fils Nicolas Ullens de Schooten.

Deux semaines d'assises pour démêler une tragédie familiale au sein d'une grande fortune belge
La cour d'assises du Brabant wallon s'est réunie ce lundi 21 septembre 2026 à Nivelles pour désigner les jurés appelés à trancher une affaire de meurtre au sein de l'une des familles les plus fortunées de Belgique. Les débats au fond débuteront le jeudi 24 septembre et s'étaleront sur deux semaines, rapporte lavenir.net.
L'accusé, Nicolas Ullens de Schooten, né en 1965, est poursuivi pour assassinat — un meurtre avec préméditation — sur la personne de Myriam Lechien, dite "Mimi", sa belle-mère. Les faits remontent au 29 mars 2023, à Ohain, sur la commune de Lasne.
Six coups de feu à bout portant après une visite à son père
Ce matin-là, Nicolas Ullens s'est rendu chez son père, le baron Guy Ullens, industriel ayant bâti sa fortune dans le secteur sucrier avant d'investir dans diverses sociétés, dont Weight Watchers International via une holding luxembourgeoise. La discussion entre père et fils est restée calme, mais Guy Ullens n'aurait pas accédé aux demandes financières de son fils.
En quittant la propriété au volant d'une vieille Dacia, Nicolas Ullens a provoqué une collision avec la Golf dans laquelle prenaient place son père et sa belle-mère, à quelques mètres du portail. Ancien membre de la Sûreté de l'État, chasseur et tireur sportif, il avait ce matin-là un Glock 9 mm dans son véhicule. Il a tiré six fois sur Myriam Lechien, qui se trouvait au volant.
Touchée à la tête et au thorax, elle est décédée sur place. Guy Ullens, assis côté passager, n'a pas été visé mais a été légèrement blessé à la cuisse. C'est lui qui a donné l'alerte en contactant son personnel de maison. Nicolas Ullens, lui, a quitté les lieux.
Quelques minutes plus tard, il s'est présenté au commissariat de la Mazerine, annonçant d'emblée à l'accueil qu'il venait de commettre quelque chose de grave.
Le "voile rouge" au cœur de la stratégie de défense
Nicolas Ullens a répété lors de ses auditions avoir agi sous le coup d'une colère intense, évoquant un "voile rouge" devant les yeux au moment où il a vu le visage de sa belle-mère. Le contenu de ces auditions a filtré dans la presse au fil des mois.
La qualification d'assassinat implique la préméditation, un élément que la défense, assurée par Me Jean-Philippe Mayence, devrait contester. Les avocats pourraient s'appuyer sur cet état émotionnel pour tenter d'influer sur la qualification retenue et, in fine, sur le degré de responsabilité pénale de leur client. Comme le rappellent régulièrement les praticiens des cours d'assises, la culpabilité pour homicide n'exige pas d'établir le mobile, mais bien l'intention de donner la mort.
Un remariage qui a fracturé la famille
L'arrière-plan familial est au moins aussi complexe que les faits eux-mêmes. En 1999, Guy Ullens s'était remarié avec Myriam Lechien, entrepreneuse bruxelloise qu'il avait rencontrée alors qu'elle développait une activité de pâtisserie avenue Louise à Bruxelles. Le couple avait quatre enfants du côté Ullens, deux du côté Lechien, et n'en a pas eu ensemble.
Selon les éléments du dossier, les enfants de Guy Ullens ont rapidement eu le sentiment d'être progressivement mis à l'écart, tant sur le plan affectif que dans la gestion du patrimoine familial. Les rares réunions familiales étaient tendues, et les tentatives de réconciliation n'ont jamais abouti. Nicolas, décrit comme très proche de son père avant ce remariage, ne le voyait quasiment plus.
Les tensions ont également pris une dimension judiciaire : des procédures ont été introduites en 2018 autour de conflits financiers et successoraux, sans qu'une résolution n'intervienne avant le drame.
Un accusé sans antécédent, libre à l'ouverture du procès
Arrêté immédiatement après les faits, Nicolas Ullens n'est resté en détention que quelques mois. Dès la mi-octobre 2023, il a bénéficié d'un bracelet électronique. En mars dernier, la justice a fait droit à la requête de mise en liberté déposée par Me Mayence. C'est donc libre que l'accusé a comparu ce lundi pour le premier jour de son procès.
Sans antécédent judiciaire, il est décrit par les experts comme ne représentant pas de danger social en dehors du contexte très particulier du drame. Ses frères et sœurs lui ont rendu régulièrement visite durant son incarcération.
Myriam Lechien était par ailleurs connue pour ses engagements philanthropiques : elle avait créé la fondation Mimi Ullens, dédiée aux malades du cancer. Elle et son mari s'étaient également illustrés dans le monde de l'art contemporain en fondant le Ullens Center for Contemporary Art à Pékin, et soutenaient des orphelins au Népal via des fondations.
Guy Ullens décédé avant le procès
Le baron Guy Ullens de Schooten, présent lors des faits et seul témoin direct de la scène, est décédé le 19 avril 2025 de mort naturelle, à l'âge de 90 ans. Sa disparition prive le procès d'un témoignage qui aurait pu s'avérer déterminant sur les circonstances précises de la collision et des tirs.
La première journée, ce lundi, est consacrée à la constitution du jury populaire. Les débats entreront dans le fond du dossier à partir du jeudi 24 septembre, pour une durée prévue de deux semaines.
Source: Google News BE FR