École IT de Bruxelles en faillite : 60 étudiants africains floués, diplômes inexistants

L'École IT de Bruxelles, dont le minerval atteignait 7 500 euros par an, a fait faillite en ciblant quasi exclusivement des étudiants africains. Aucun remboursement n'est prévu selon le curateur.

Faillite de l'École IT : des familles africaines ruinées, des étudiants sans diplôme à Bruxelles

Soixante étudiants étaient encore inscrits rue du Trône, en plein quartier européen de Bruxelles, au moment où l'École IT a été déclarée en faillite. Selon RTBF Info, qui a enquêté sur le dossier, 100 % d'entre eux venaient d'Afrique — du Cameroun, du Sénégal, du Bénin, du Congo, d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc — et tous avaient dû obtenir un visa pour étudier en Belgique.

Scoth a quitté le Cameroun il y a trois ans, à 29 ans, avec l'ambition de décrocher un master en informatique. Sa famille a réuni l'intégralité de ses économies pour financer les 7 500 euros de minerval annuel. Son cursus est aujourd'hui achevé, mais son diplôme reste introuvable — l'école privée n'était pas reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles. "J'ai fait tous ces efforts et ces sacrifices pour venir à Bruxelles, je ne peux pas laisser tomber", confie-t-il.

Un recrutement délibérément orienté vers l'Afrique

Un membre de la direction, qui a accepté de s'exprimer sous couvert d'anonymat, a reconnu que les étudiants belges ne s'inscrivaient pas à l'établissement : le minerval de 7 500 euros était jugé trop élevé pour eux. L'école s'était donc tournée vers un recrutement quasi exclusif en Afrique subsaharienne et au Maghreb, menant des campagnes de démarchage très actives dans ces régions. Scoth avait observé la situation dès son arrivée. "Il n'y avait aucun Belge. On était tous Africains. Intentionnellement, ils cherchaient des étudiants fragiles", affirme-t-il.

Ce même responsable impute une partie des difficultés financières aux étudiants eux-mêmes, évoquant 200 000 à 300 000 euros d'impayés, et affirme que plus d'un million d'euros ont été injectés par les actionnaires sans parvenir à sauver l'établissement. Face aux questions sur le modèle économique, il assume : "Je viens du monde de l'entreprise, l'argent n'est pas sale pour moi."

L'Office des étrangers sonne l'alarme

En 2025, RTBF Info s'est procuré un document de l'Office des étrangers indiquant que les autorités belges refusaient d'octroyer de nouveaux visas aux étudiants de l'École IT. L'établissement était soupçonné de faciliter l'entrée irrégulière de ressortissants étrangers sur le territoire belge.

Sans nouveaux visas, les inscriptions se sont taries. Sans revenus, la faillite du siège bruxellois a entraîné dans sa chute les trois campus français — à Valenciennes, Amiens et Orléans — où quelque 200 étudiants supplémentaires étaient inscrits, dont une majorité d'Africains. Selon l'enquête, l'école a continué à encaisser des dizaines de milliers d'euros d'acomptes alors que ses finances étaient déjà dans le rouge.

"C'est vraiment de l'escroquerie"

En France, d'anciens professeurs dénoncent des pratiques qu'ils qualifient de frauduleuses. Maxime Fauquemberg, enseignant à Valenciennes à qui l'école doit plus de 10 000 euros, ne mâche pas ses mots : "C'est vraiment de l'escroquerie ! Ils ont continué à recruter des étudiants à Bruxelles alors que l'Office des étrangers en Belgique avait officiellement indiqué qu'aucun visa ne serait plus accordé. Il faut que ces manœuvres s'arrêtent." D'autres anciens professeurs affirment ne plus avoir été payés depuis des mois.

Le membre de la direction conteste toute intention frauduleuse et attribue les difficultés financières à la chute des octrois de visas — une explication que les étudiants et les anciens enseignants peinent à accepter.

Des perspectives sombres pour les victimes

À la détresse financière s'ajoute une pression administrative sévère. Patrice, l'un des étudiants, voit son visa expirer dans dix jours. Sans réinscription dans un nouvel établissement, il risque l'expulsion. Rentrer au Cameroun sans diplôme lui semble impensable : ses parents avaient misé sur lui seul parmi ses six frères et sœurs. "On avait un contrat avec ma famille. J'avais deux ans pour réussir mes études. Ils ont dépensé beaucoup d'argent. Et là, je n'ai pas de diplôme, c'est comme si j'étais venu en Belgique pour rien", dit-il.

Certains étudiants cherchent à intégrer une autre école pour régulariser leur séjour, d'autres tentent de prolonger leur titre de séjour avant son expiration. Quant aux milliers d'euros versés en frais de scolarité, le curateur chargé de la faillite est formel : au vu des dettes accumulées par l'École IT, les étudiants ont très peu de chances d'être remboursés.

Source: RTBF Info

Read this article in English