Mort de Wassim (3 ans) à Habay : 84 lésions et des signes d'étranglement révélés au procès
La cour d'assises du Luxembourg juge Mohammed Taoussi, accusé du meurtre de son fils de 3 ans. Un témoin clé et le médecin légiste ont livré des témoignages accablants.

Un appel au 101 et 84 lésions : le procès Wassim livre ses premiers témoignages
C'est un coup de téléphone passé au 101, le 25 novembre 2023 à 17 h 14, qui a mis en marche toute la procédure judiciaire. Selon lavenir.net, sans cette démarche d'un ami de la maman de Wassim — décédée dans un accident de voiture en février 2023 —, le décès du petit garçon de 3 ans et 5 mois à la clinique d'Arlon n'aurait peut-être jamais eu de suites pénales.
Ce témoin, très attendu à la barre mardi après-midi, comparaissait devant la cour d'assises du Luxembourg dans le cadre du procès de Mohammed Taoussi, le père de Wassim, accusé du meurtre de son propre fils.
"Il m'a dit qu'il l'enterrerait dans un bois"
L'homme explique avoir hésité plusieurs heures avant de contacter la police. "J'ai refoulé quelques heures car je ne voulais pas accuser à tort", a-t-il déclaré à la cour. Sa décision a pourtant été déterminante : il avait déjà entendu Mohammed Taoussi tenir des propos inquiétants sur son fils.
"J'avais déjà entendu Mohammed dire que si Wassim ne parlait pas à 5 ans — un potentiel autisme était suspecté —, il l'emmènerait au bois et l'enterrerait", a rapporté le témoin. Lorsqu'il a appris que l'enfant avait été transporté à l'hôpital, il a immédiatement rejoint les urgences. Il a également indiqué que Mohammed Taoussi aurait laissé entendre qu'il pourrait se suicider.
L'accusé a vivement contesté ces déclarations depuis le box. "Je suis choqué, il dit ça sur moi car je ne voulais plus qu'il vienne chez moi, je l'avais mis dehors car il était bourré", a lancé Taoussi, ajoutant que c'est lui qui "a perdu son fils".
Voisins et famille : des soupçons qui remontaient à longtemps
D'autres témoins entendus mardi ont dressé un tableau préoccupant du comportement de l'accusé envers son fils. Un voisin a raconté avoir un jour vu Taoussi donner une claque sur la tête de Wassim. "Wassim s'est mis à pleurer. Mohammed lui a donné un paquet de chips, il s'en foutait", a-t-il témoigné.
L'oncle de la mère de Wassim a déclaré que "Mohammed voulait dresser son enfant". Au sein même de la famille maternelle, des inquiétudes existaient depuis un moment. La grand-mère maternelle avait d'ailleurs alerté les services sociaux. La tante maternelle, elle, a confié : "Même quand ma sœur était encore là, lorsque je changeais Wassim, je remarquais des bleus par-ci, par là mais je gardais ça pour moi."
Une infirmière en pédiatrie, qui connaissait déjà l'accusé et son fils en raison d'un précédent séjour en clinique, a relaté ses échanges avec Taoussi le jour des faits. "Tout le monde était déjà bien occupé quand je suis arrivé aux urgences. Monsieur m'a dit : 'Vous, vous savez que je m'occupe bien de Wassim'", a-t-elle rapporté — à un moment où les soupçons de maltraitance n'avaient pas encore été formulés.
84 lésions, traumatisme crânien et signes d'étranglement
L'expertise médico-légale constitue l'élément central du dossier. Les premiers urgentistes, concentrés sur la réanimation de l'enfant, n'avaient pas immédiatement investigué les causes de son état. C'est l'appel téléphonique au 101 qui a conduit au mandat confié au Dr Maxence Berrendorf, médecin légiste.
Un scanner post-mortem et un examen approfondi ont mis en évidence des lésions et des traces qui n'avaient pas été détectées initialement. "Les bleus sur le corps n'étaient pas cohérents avec une mort naturelle", a déclaré le Dr Berrendorf à la cour. L'expert a relevé un "traumatisme important", un saignement intracrânien et des signes d'étranglement. Au total, 84 lésions ont été dénombrées sur le corps du petit Wassim.
Selon le Dr Berrendorf, ces lésions résultent "d'éléments de violence importante datant de moins de 48 heures avant le décès". Le traumatisme intracrânien par coups ou contrecoups remonterait à 12 heures au maximum avant le décès, constaté le 25 novembre 2023 peu après 14 h 00.
Les explications de l'accusé jugées partiellement compatibles
Mohammed Taoussi affirme avoir retrouvé son fils inconscient le matin du drame et l'avoir saisi au niveau de la mâchoire. Il dit également avoir forcé Wassim à ouvrir la bouche pour lui administrer un médicament. Le médecin légiste a reconnu que certaines lésions pouvaient être compatibles avec ces versions, mais a émis des réserves importantes.
"Ces explications sont compatibles avec les lésions mais pas avec toutes", a estimé le Dr Berrendorf. Sur la saisie de la mâchoire, il a précisé : "Des lésions peuvent être compatibles avec ces explications, mais on peut se demander pourquoi avec une telle violence." L'expert a également exclu que les lésions soient imputables aux tentatives de réanimation pratiquées par les secours.
Les signes d'étranglement, eux, restent sans explication de la part de l'accusé. À la question de Me Hélène Michel, conseil des parties civiles, sur la possibilité que Wassim ait pu s'infliger lui-même des blessures, le Dr Berrendorf a été catégorique : "Impossible pour un enfant vu la force nécessaire."
Le procès de Mohammed Taoussi, jugé pour le meurtre de son fils, se poursuit devant la cour d'assises du Luxembourg à Arlon.
Source: 7sur7 Faits Divers