Procès Encro à Bruxelles : 14, 15 et 17 ans de prison pour les chefs du réseau de cocaïne

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé 119 condamnations dans le dossier Encro, dont des peines de 14 à 17 ans pour les trois dirigeants du réseau.

Peines lourdes pour les têtes du réseau Encro : jusqu'à 17 ans de prison ferme

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a rendu son verdict dans l'affaire Encro, l'un des plus grands dossiers de trafic de drogue jamais instruits en Belgique. Selon RTBF, 119 condamnations ont été prononcées au total, avec des peines allant jusqu'à 17 ans de prison pour les principaux dirigeants de l'organisation. Les juges ont également ordonné des confiscations avoisinant les 60 millions d'euros, sans compter les cautions maintenues sous main de justice.

Le procès s'est tenu à Bruxelles de décembre 2023 à mai 2024. Plus de 120 personnes — hommes et femmes — comparaissaient, auxquelles s'ajoutaient quatre entreprises soupçonnées d'avoir servi de couverture à des activités illicites. Une vingtaine de prévenus ont assisté au jugement menottés au Justitia, l'ancien siège de l'Otan reconverti en salle d'audience pour les procès à sécurité renforcée.

Les trois figures de proue condamnées

Eridan Munoz Guerrero, Albanais de 51 ans présenté comme le cerveau du réseau, a été condamné à 14 ans de prison et à une confiscation par équivalent de 20 millions d'euros. Dès la première audience, il avait reconnu les faits : « J'ai été à la tête d'une organisation criminelle, j'ai participé au trafic de drogue. J'ai joué et j'ai perdu. » Le ministère public avait requis 19 ans au total — 15 ans pour direction d'organisation criminelle, plus des peines supplémentaires pour détention d'arme prohibée et séquestration d'un coprévenu. Son avocate, Me Nathalie Gallant, avait plaidé la clémence en faisant valoir la collaboration de son client avec la justice et le fait qu'il avait lui-même été torturé après une perte de marchandise, ce qui, selon elle, démontrait qu'il rendait des comptes à des tiers hiérarchiquement supérieurs.

Abdelwahab Guerni, Algérien de 57 ans et numéro deux de l'organisation, a écopé de la peine la plus lourde : 17 ans de prison et une confiscation de 15 millions d'euros. Il était poursuivi pour avoir importé des stupéfiants depuis l'Amérique latine et géré la logistique du réseau. Lors de la dernière audience, le 7 mai, il avait partiellement reconnu sa culpabilité : « C'est moi qui ai amené tout ce monde ici », avait-il concédé, avant de présenter ses excuses à ses coprévenus. Celui qui rêvait de devenir footballeur professionnel a vécu sa première arrestation à 19 ans et a évoqué « 40 ans de criminalité ». Le parquet fédéral avait requis 20 ans ; la défense, qui le décrivait comme un simple intermédiaire obéissant aux ordres d'Eridan M.G., avait sollicité entre 10 et 15 ans.

Bilal I., Bruxellois de 35 ans, a été condamné à 15 ans de prison et à une confiscation de trois millions d'euros. Reconnu comme l'un des principaux dirigeants de l'organisation, il est à l'origine de l'importation de grandes quantités de cocaïne depuis l'Amérique du Sud, revendue ensuite à Eridan M.G.. Le procureur avait requis 20 ans de prison et une confiscation de 10 millions d'euros. La défense avait, à titre principal, plaidé l'irrecevabilité des poursuites, et à titre subsidiaire, l'acquittement. Le parquet a également requis l'arrestation immédiate de Bilal I., qui comparaissait sous bracelet électronique ; la mesure a été contestée par ses avocats.

Un policier parmi les condamnés

Un policier de la zone Bruxelles-Midi figure également parmi les condamnés. Poursuivi pour avoir transmis à des membres du réseau des informations issues des bases de données de la police, il a été condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu'à une confiscation par équivalent de 10 000 euros.

700 ans de prison cumulés, des acquittements aussi

Au total, le tribunal a prononcé environ 700 années de prison cumulées. Les peines individuelles varient de 14 mois à plus de dix ans pour les dizaines de condamnés autres que les dirigeants. Certains suspects ont par ailleurs été acquittés.

Le port d'Anvers comme porte d'entrée

L'affaire Encro tire son nom des messageries cryptées Encrochat et Sky ECC, très utilisées par les narcotrafiquants, dont le décryptage a constitué le socle principal de l'enquête. Certains prévenus y recouraient sous de multiples pseudonymes. Le réseau a été démantelé en 2021-2022 par la police belge, en collaboration avec les autorités italiennes et allemandes.

La drogue — cocaïne et cannabis — était acheminée dans des conteneurs en provenance d'Amérique du Sud et du Maroc, principalement via le port d'Anvers, première porte d'entrée en Europe pour la cocaïne, mais aussi par ceux de Rotterdam, Hambourg et Le Havre. Les prévenus affichaient des nationalités diverses : albanaise, colombienne, belge, kosovare, ukrainienne et maghrébine, entre autres.

Ce dossier, qualifié de procédure de « 328 cartons » par les autorités belges en raison de son ampleur, est considéré comme l'un des plus importants jamais traités dans le pays en matière de trafic international de stupéfiants.

Source: RTBF

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