Procès pour meurtre à Arlon : Mohammed Taoussi jugé pour la mort de son fils Wassim, 3 ans
Mohammed Taoussi comparaît devant la cour d'assises du Luxembourg à Arlon pour le meurtre de son fils Wassim, décédé le 25 novembre 2023 à Habay-la-Vieille. Le jury a été constitué mercredi.

Mort de Wassim à Habay : le procès de son père s'ouvre devant la cour d'assises d'Arlon
Le 25 novembre 2023, le petit Wassim Taoussi, âgé de 3 ans et 5 mois, décédait en début d'après-midi à la clinique d'Arlon, malgré les tentatives de réanimation du personnel médical. Selon DHnet, l'enfant était arrivé en ambulance après un appel au 112 passé par un voisin de Mohammed Taoussi, le père du garçonnet, domicilié à Habay-la-Vieille. Ce dernier avait alerté son voisin en expliquant que Wassim était inconscient au réveil et n'avait plus mangé depuis plusieurs jours.
Dès le jour du décès, un témoin, connaissance de Mohammed Taoussi, a contacté la police pour faire part de ses doutes. Le père était suivi par les services sociaux, et le voisinage signalait des crises de colère. Le parquet a ouvert une instruction visant initialement un homicide involontaire ainsi que des coups et blessures, les premières constatations médico-légales laissant suspecter des actes de maltraitance.
Au fil de l'enquête, d'autres témoignages ont été recueillis. Le médecin légiste mandaté par la juge d'instruction a finalement retenu l'hypothèse d'un meurtre : le décès résulterait de coups portés à la tête, provoquant une hémorragie, associés à des gestes d'étranglement. Quatre jours après la mort de Wassim, Mohammed Taoussi était inculpé de meurtre.
Un contexte familial marqué par des signaux d'alerte répétés
Mohammed Taoussi, 32 ans, originaire du Maroc où il avait fait partie de l'équipe nationale de karaté, élevait seul son fils depuis le décès accidentel de son ex-compagne en février 2023. Il n'avait pas d'autres attaches familiales en Belgique.
Les antécédents médicaux de Wassim ont alimenté l'enquête. En avril 2022, alors que le couple était déjà séparé, la mère avait conduit l'enfant en clinique pour une douleur à l'épaule provoquée par un étirement causé par son père. L'enfant présentait également des rougeurs au visage et à l'intérieur de l'oreille. Le père avait évoqué des jeux.
Fin avril 2023, Wassim a de nouveau été hospitalisé, cette fois pour une fracture au fémur consécutive à une chute. Mohammed Taoussi a fourni plusieurs versions successives : chute dans la salle de bains, chute d'un appui de fenêtre, chute dans les escaliers, ou encore le fait d'avoir lui-même fait tomber son fils en l'attrapant par la jambe pour le faire descendre d'une fenêtre. À la suite d'une alerte de la belle-famille, le Service d'aide à la jeunesse (SAJ) est intervenu. Le père a accepté le suivi pour démontrer son implication parentale. Ce suivi a pris fin après trois mois.
En septembre 2023, soit deux mois avant le décès, l'école de Wassim a signalé à son père que l'enfant présentait un gonflement à la paupière et une infection à l'arrière du crâne. Un médecin a constaté un abcès crânien lié au gonflement, le crâne étant partiellement dégarni. Le père a affirmé que son fils n'avait rien avant d'aller à l'école, alors que selon le médecin, la blessure datait déjà de plusieurs jours. Mohammed Taoussi a parlé d'une piqûre d'insecte.
Des lésions multiples et une alimentation insuffisante
L'enfant avait manqué plusieurs jours d'école dans les semaines précédant sa mort. Deux jours avant l'appel des secours, Wassim avait dû être repris par son père car il était amorphe et fiévreux.
Après le décès, un inventaire de l'appartement de Mohammed Taoussi a révélé très peu d'aliments frais, ainsi que de nombreuses denrées périmées. Un témoin entendu lors de l'enquête a déclaré que l'enfant était principalement nourri de chips, de biscuits et de bananes. Une anémie et la présence d'une bactérie au niveau du tube digestif avaient également été suspectées.
Le médecin légiste a relevé 80 lésions sur le corps de l'enfant. Mohammed Taoussi reconnaît avoir forcé son fils à manger ou à avaler un médicament, mais nie l'avoir frappé ou étranglé.
Le droit et la défense
Mohammed Taoussi sera jugé à partir de lundi prochain devant la cour d'assises du Luxembourg à Arlon. Le jury a été constitué mercredi. La question centrale soumise aux jurés sera de déterminer si Wassim est décédé des suites de violences infligées par son père avec l'intention de le tuer.
"Il niera l'intention homicide et s'expliquera lors du procès", a indiqué Me Marc Kauten, avocat de Mohammed Taoussi.
L'accusé devra néanmoins répondre du chef de meurtre. Le nouveau code pénal, entré en vigueur le 1er septembre dernier, qualifie le meurtre dans la sphère intrafamiliale — tel un infanticide — de circonstance aggravante, au même titre qu'un assassinat, c'est-à-dire un meurtre avec préméditation. Ces faits sont désormais passibles de la prison à perpétuité. L'ancienne mouture du code pénal ne distinguait pas entre le meurtre d'un enfant et celui d'un tiers : seul le parricide était passible de la réclusion à vie.
Source: DHnet