Procès Ullens : la gestionnaire des finances décrit une fortune surévaluée et des tensions familiales permanentes
La cour d'assises du Brabant wallon a entendu l'employée chargée des finances de Guy Ullens, qui a décrit un patrimoine bien inférieur aux 3 milliards évoqués par la presse suisse.

Procès Ullens : une fortune surévaluée et des conflits familiaux vus de l'intérieur
La cour d'assises du Brabant wallon a entendu, mardi matin, l'employée responsable de la gestion des finances personnelles du couple formé par Guy Ullens et Myriam Lechien. Selon lavenir.net, cette professionnelle a non seulement décrit l'ampleur réelle de la fortune du couple, mais aussi les tensions profondes qui opposaient Guy Ullens à ses enfants.
La témoin travaillait dans les bureaux de La Hulpe au moment du drame du 29 mars 2023. Elle a été appelée à Ohain dans les minutes qui ont suivi l'homicide de Myriam Lechien.
Une fortune loin des 3 milliards annoncés
L'employée a formellement contesté l'évaluation de 3 milliards d'euros avancée par certains médias suisses pour qualifier la fortune de Guy Ullens. À son décès, le patrimoine de ce dernier aurait été estimé à 100 millions d'euros — avec des réserves importantes quant à la valorisation des œuvres d'art numériques.
"Certains vous diront que ça ne vaut rien, d'autres que cela vaut le prix d'achat, et d'autres encore que Monsieur était un visionnaire et que cela vaut beaucoup d'argent", a précisé la témoin devant la cour.
En 2013, le train de vie du couple générait des dépenses annuelles de 15 à 20 millions d'euros. La témoin avait notamment pour mission de réduire ces dépenses. Des problèmes de liquidité survenaient de manière récurrente : la propriété d'Ohain avait été mise en vente, et une réunion avait été organisée avec un cousin pour obtenir un crédit-pont dans l'attente du produit de cette vente.
"Pour monsieur Ullens, tout ce qui traînait en cash était inutile", a-t-elle expliqué. "Son patrimoine a toujours été investi et dès qu'une vente prenait du retard, on ne dormait plus. J'ai lutté pour lui expliquer que ce n'était pas tenable. Mais pour lui, il fallait investir dans des choses concrètes, et grandioses. C'était dans son ADN, c'était un entrepreneur."
La partie la plus liquide du patrimoine résidait dans l'art. Guy Ullens avait constitué une importante collection d'art contemporain chinois, qu'il avait revendue en grande partie avec des profits spectaculaires pour certaines œuvres. Au moment des faits, il cherchait à reproduire ce schéma avec l'art numérique, avec l'ambition de constituer la plus grande collection au monde dans ce domaine.
Un double discours vis-à-vis des enfants
Sur le plan familial, la gestionnaire a décrit un Guy Ullens au discours contradictoire. "Monsieur m'a toujours dit que sa relation avec ses enfants était très compliquée. Que c'était dur, toujours conflictuel, que les relations entre eux se limitaient à des reproches parce qu'il dépensait trop d'argent, et qu'eux n'en recevaient pas assez", a-t-elle rapporté.
Elle a également évoqué les propos de Myriam Lechien sur les enfants Ullens. "Madame parlait beaucoup de Brigitte et Nicolas en disant que c'étaient des gens qui lui faisaient peur, mais elle ne parlait pas de cela devant Monsieur."
Selon la témoin, Guy Ullens affirmait ne pas vouloir de contact avec ses enfants, mais adoptait un tout autre discours en leur présence. "Il nous disait ne pas vouloir de contact avec ses enfants mais quand il les voyait, il ne tenait pas ce discours-là. Il disait qu'il était content de les voir."
Les enfants Ullens témoignent d'années de souffrance
Plusieurs membres de la famille Ullens se sont également exprimés lors de l'audience. Les enfants de Brigitte Ullens ont décrit un sentiment durable d'exclusion et de favoritisme au sein de la famille depuis l'arrivée de Myriam Lechien.
"Je pense qu'il y a eu énormément de souffrances émotionnelles pendant des années. Je les attribue à la place que mes oncles et ma mère ont perdu auprès de leur père. Il y a eu un basculement quand Myriam est arrivée dans la famille", a déclaré Olivia.
Son frère Edouard a évoqué le cas de Nicolas Ullens, l'accusé. "Ma mère et ses frères étaient très affectés par cette forme de manipulation et d'exclusion de la famille. Nicolas en souffrait beaucoup. Il avait un sentiment d'injustice, je pense qu'il a fini par voir rouge."
Un autre membre de la famille a rapporté un épisode symbolique : Guy Ullens l'avait informé qu'il n'y aurait pas de Noël cette année-là, sur décision de Myriam. Deux semaines plus tard, il faisait appel à son entreprise de traiteur pour organiser le repas de Noël avec les enfants de sa compagne. "Il a fait appel à moi juste après nous avoir privés de ce Noël", a-t-il relaté.
L'ex-mari de Brigitte Ullens a lu l'audition écrite de cette dernière, absente de l'audience. Elle y évoque un aveu que le baron aurait formulé sur son lit de mort, selon lequel "il connaissait la méchanceté de sa femme". Me Laurent Kennes, avocat des parties civiles, s'est indigné de ce passage.
Vincent, frère de Nicolas Ullens, a également pris la parole. "Sans cautionner la violence, je comprends comment des années de détresse psychologique, et un petit côté financier sans se voiler la face, a abouti à cette situation. Il y avait clairement une différence entre ses deux familles, un favoritisme. Nous étions devenus les malpropres, c'était injuste."
Nicolas Ullens est jugé pour l'assassinat de Myriam Lechien, commis le 29 mars 2023 à Ohain. Il comparaît libre devant la cour d'assises du Brabant wallon.
Source: Google News BE FR