Brésil : le chef de la Police fédérale suspendu en pleine crise institutionnelle

Un juge de la Cour suprême a ordonné la suspension du directeur de la Police fédérale brésilienne, aggravant la crise politique à moins d'un mois des élections.

Suspension du patron de la PF : le Brésil s'enfonce dans la crise

Un juge de la Cour suprême brésilienne a ordonné mardi la suspension du directeur de la Police fédérale (PF), Andrei Rodrigues, dans un nouvel épisode de la crise institutionnelle qui secoue le pays à moins d'un mois du scrutin présidentiel du 4 octobre. France24.com rapporte que cette décision du juge André Mendonça plonge le gouvernement Lula dans une position délicate, alors que la campagne bat son plein.

Le président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, 80 ans, aura pour principal rival Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l'ancien chef d'État d'extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022). Les deux candidats apparaissent au coude-à-coude dans les sondages en vue d'un éventuel second tour le 25 octobre.

Origines de la crise : des messages compromettants

La crise a éclaté la semaine dernière après la publication d'un rapport de police révélant des messages échangés entre le banquier Daniel Vorcaro et Alexandre de Moraes, un autre juge de la Cour suprême. Vorcaro, patron de Banco Master — un établissement aujourd'hui liquidé —, est soupçonné de l'une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du Brésil. Dans ces échanges datant de novembre 2025, il sollicitait l'aide du magistrat pour freiner l'enquête qui allait conduire à son arrestation.

Ce rapport a été rendu public par le juge Mendonça, en charge du dossier Banco Master. Alexandre de Moraes est une figure centrale de la scène judiciaire brésilienne : il a notamment présidé le procès historique contre Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État contre Lula.

La PF accusée d'espionnage illégal

Dans le développement survenu mardi, le juge Mendonça accuse la Police fédérale d'avoir surveillé illégalement ses propres activités judiciaires et d'avoir produit à cette occasion des rapports anonymes et dépourvus de rigueur technique. Dans sa décision, à laquelle l'AFP a eu accès, il qualifie cette surveillance de "très grave" et la compare au roman dystopique "1984" de George Orwell.

Il a ordonné la suspension provisoire d'Andrei Rodrigues ainsi que du chef du renseignement de la PF. Selon une source gouvernementale citée par l'AFP, l'organe chargé de défendre les intérêts juridiques de l'État devrait faire appel de cette décision d'ici à mercredi.

La semaine dernière, le juge de Moraes avait utilisé ces mêmes rapports contestés pour accuser son collègue Mendonça d'"abus d'autorité", en réponse aux révélations sur ses liens avec le banquier Vorcaro.

Réactions politiques polarisées

Les deux camps ont réagi vivement à la décision de suspension. Flavio Bolsonaro, sur le réseau social X, a salué le fait que "l'honorable et glorieuse Police fédérale retrouve son autonomie pour traquer les criminels, et non les adversaires politiques de Lula".

Du côté du camp présidentiel, Marco Aurélio de Carvalho, coordinateur de la campagne de Lula dans l'État de São Paulo, a déclaré à l'AFP que face à "une crise institutionnelle sans précédent", "nous ne pouvons pas permettre que les fonctions publiques soient accaparées par des intérêts politiques et électoraux".

Le directeur général par intérim William Murad a pour sa part exprimé sa "totale confiance" en Andrei Rodrigues. Dans une lettre obtenue par l'AFP, onze responsables de divisions de la PF ont également mis leurs postes à disposition, critiquant les "narratifs nettement influencés par des intérêts politico-électoraux" qui ont, selon eux, conduit à l'éviction de leur directeur.

Le juge Moraes est traditionnellement porté aux nues par la gauche brésilienne, tandis que la droite soutient ardemment le juge Mendonça, nommé à la Cour suprême par Bolsonaro père.

Source: Google News MA — Crime (fr)

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