Scandale Banco Master : le juge suprême De Moraes mis en cause au Brésil
Le juge Alexandre de Moraes, figure centrale du Supremo Tribunal Federal, est visé par un rapport de la Police fédérale brésilienne révélant ses liens avec le banquier Daniel Vorcaro.
La Cour suprême brésilienne ébranlée par l'affaire Banco Master
Selon Google News LU FR, le scandale financier entourant la Banco Master a pris une dimension inédite le 1er septembre 2026, lorsque des documents issus de l'enquête de la Police fédérale brésilienne ont mis en cause Alexandre de Moraes, juge du Supremo Tribunal Federal (STF), la Cour suprême du pays.
Alexandre de Moraes, l'un des onze membres du STF, était jusqu'ici largement perçu comme un rempart des institutions démocratiques brésiliennes. Il avait joué un rôle central dans la condamnation de l'ancien président Jair Bolsonaro pour tentative de coup d'État. Mais des messages extraits du téléphone du banquier Daniel Vorcaro, au cœur du scandale Banco Master, révèlent des échanges réguliers entre les deux hommes.
Des échanges et des contrats compromettants
Le rapport de la Police fédérale indique que Vorcaro aurait sollicité l'intervention de De Moraes auprès de responsables de la Police fédérale et du parquet général, alors que les investigations sur la Banco Master se resserraient autour de lui. Le document cite également un contrat de 131 millions de reais — soit environ 22 millions d'euros — liant la banque au cabinet d'avocats de Viviane Barci de Moraes, l'épouse du magistrat. Les enquêteurs relèvent que De Moraes apparaît comme le dernier éditeur de plusieurs versions du projet de contrat. L'utilisation d'avions et d'autres avantages offerts par Vorcaro à l'entourage du juge est également mentionnée.
La Police fédérale précise toutefois qu'elle n'a pas établi à ce stade que toutes les offres du banquier avaient été acceptées, ni qu'elles avaient procuré un avantage illégal au magistrat. La presse brésilienne souligne que ces éléments ne constituent pas encore la preuve d'une infraction. Le journal Folha de São Paulo estime néanmoins que la nature de ces relations — avec un banquier qu'il qualifie de « mafieux » — justifie la démission du juge.
La décision d'André Mendonça, autre bombe institutionnelle
L'aspect peut-être le plus explosif de l'affaire tient à la manière dont ces documents ont été rendus publics. C'est André Mendonça, juge du STF en charge de l'enquête Banco Master, qui a décidé le 1er septembre de lever le secret sur le rapport et de transmettre les nouveaux éléments au plénum de la Cour suprême.
La décision est particulièrement sensible : Mendonça est un ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, nommé au STF par ce dernier en 2021. Il se retrouve ainsi à instruire des éléments susceptibles d'incriminer un collègue — De Moraes — devenu l'une des principales cibles du camp bolsonariste. Le politologue et journaliste Gustavo Ribeiro, cofondateur du média Brazilian Report, résume : « Une grande partie de ce qui a été révélé mardi, on le savait déjà. [...] Ce que nous avons vu mardi, ce sont des détails qui rendent l'histoire encore plus choquante. » Ribeiro souligne que Mendonça est considéré comme un adversaire de Moraes au sein même de l'institution.
De Moraes a contre-attaqué le 3 septembre en demandant l'ouverture d'une enquête pour « abus d'autorité » et « favoritisme envers certains groupes politiques » contre son collègue Mendonça.
Lula contraint de réagir
Le président Luiz Inácio Lula da Silva avait d'abord préféré garder le silence. Face à l'ampleur de la crise et aux réactions de ses adversaires politiques, il a finalement pris la parole dans une vidéo diffusée sur X, exigeant que le STF conduise une enquête impartiale sur le scandale impliquant De Moraes. Lula entendait ainsi éviter toute apparence de protection envers le magistrat, que le camp bolsonariste considère comme proche de sa majorité, bien qu'il soit jugé plutôt conservateur.
Un calendrier électorale qui amplifie la crise
Le premier tour des élections générales brésiliennes — présidentielle, parlementaires et régionales — est prévu dans un peu plus d'un mois. Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président et l'un des principaux adversaires de Lula da Silva, a exigé le départ d'Alexandre de Moraes et entend utiliser le scandale pour dénoncer une Cour suprême que la droite accuse depuis longtemps d'être politisée.
Mais l'affaire pourrait également se retourner contre le camp conservateur : Flavio Bolsonaro est lui-même lié à Daniel Vorcaro, à qui il avait demandé des fonds pour financer un film biographique sur son père.
Pour Gustavo Ribeiro, les enjeux dépassent le seul tribunal. « C'est quelque chose qui peut faire basculer l'élection présidentielle et les élections pour le Parlement, dit-il. Le prochain président de la République pourra nommer quatre juges. Donc ce seront quatre nouveaux juges sur onze. C'est énorme. » La composition future du STF constitue ainsi un enjeu décisif du scrutin à venir.
Source: Google News LU FR