Arrestation de l'ex-chef du BND August Hanning pour espionnage et haute trahison

August Hanning, ancien directeur du renseignement extérieur allemand, a été arrêté pour espionnage. Quelque 2000 documents secrets auraient été transmis à des puissances étrangères.

Arrestation de l'ex-chef du BND August Hanning pour espionnage et haute trahison

L'ex-patron du BND arrêté pour avoir vendu des secrets d'État à des services étrangers

August Hanning, qui a dirigé le Bundesnachrichtendienst (BND) de 1998 à 2005, a été arrêté mardi avec un autre ancien haut responsable du renseignement allemand, selon le parquet fédéral. Comme le rapporte Le Temps, les deux hommes sont soupçonnés d'espionnage au profit de puissances étrangères — une affaire qui frappe de plein fouet un service déjà sous pression face aux menaces russes.

L'ancien directeur de cabinet de Hanning, identifié sous le seul nom de Manfred D., est suspecté d'avoir transmis à son ex-chef, contre rémunération, des milliers de documents classifiés issus du BND. Manfred D. faisait encore partie du service jusqu'en mars 2026 et avait servi plusieurs directeurs successifs, y compris l'actuel patron, Martin Jäger.

Environ 2000 documents transmis sur plus d'une décennie

Selon le parquet fédéral, les deux suspects auraient conclu un accord vraisemblablement au printemps 2010 : Manfred D. fournirait régulièrement à Hanning des informations sensibles provenant du BND, que ce dernier exploiterait à des fins commerciales dans le cadre de son activité de consultant privé. Quelque 2000 documents auraient ainsi été transmis, au moins jusqu'en juin 2022.

Le parquet détaille les charges retenues contre Hanning, 80 ans : espionnage constitutif de trahison, collecte de renseignements relevant du secret d'État, tentative de haute trahison, et activités d'agent pour le compte d'un service de renseignement étranger. Après avoir quitté la tête du BND, Hanning avait occupé le poste de secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur de 2005 à 2009, avant de se reconvertir dans le conseil privé.

Des rapports sur le nucléaire iranien et l'armée russe

Le communiqué du parquet ne précise pas quels pays étrangers ont pu bénéficier de ces informations. L'AFP indique toutefois que la Russie ne figurerait pas parmi les bénéficiaires. La télévision publique allemande affirme de son côté que «les documents seraient des rapports hautement sensibles, concernant le programme nucléaire iranien ou encore l'armée russe».

Le parquet précise par ailleurs que Hanning aurait utilisé des contenus classifiés pour rédiger une analyse destinée à «un officier d'un service de renseignement étranger», et qu'il était «en contact étroit avec un représentant d'un autre service de renseignement étranger».

Les deux hommes ont été arrêtés lors d'opérations menées simultanément en Rhénanie et en Bavière. Le magazine Der Spiegel a publié des images montrant August Hanning encadré par des policiers cagoulés. Un juge doit désormais se prononcer sur un éventuel placement en détention provisoire.

Le patron actuel du BND promet «aucun compromis»

Martin Jäger, directeur en poste du BND, a réagi dans le quotidien régional Rheinische Post. Il a déclaré qu'il ne ferait «aucun compromis s'agissant de la sécurité interne», refusant tout autre commentaire en raison de l'enquête en cours.

L'affaire intervient à un moment particulièrement sensible pour le renseignement allemand, qui cherche à renforcer ses capacités face à ce que Berlin décrit comme une menace croissante de la Russie, notamment via ses activités d'espionnage et de sabotage.

La commission parlementaire réclame un audit complet

Au Bundestag, la révélation de l'affaire a provoqué des réactions vives. Marc Henrichmann, député conservateur CDU du chancelier Friedrich Merz et président de la commission parlementaire de contrôle des services de sécurité, a salué le travail des enquêteurs auprès de l'AFP. «Quiconque s'allie aux ennemis de notre démocratie libérale sera découvert. Nous ne tolérerons aucune trahison de secrets», a-t-il déclaré.

Son collègue Konstantin von Notz, élu des Verts et vice-président de la même commission, a réclamé un audit exhaustif des fuites imputées aux suspects. «Les éventuels dommages causés en matière de renseignement doivent eux aussi être évalués et élucidés sans délai et de manière exhaustive», a-t-il estimé.

Von Notz s'est également insurgé contre la pratique qui permet à d'anciens responsables ayant eu accès à des secrets d'État de se reconvertir dans le secteur privé, où ils peuvent monnayer leurs réseaux et leurs accès. «Nous avons à de nombreuses reprises alerté le gouvernement allemand sur cette évolution extrêmement problématique. De telles pratiques constituent manifestement aussi une porte d'entrée pour les services de renseignement adverses», a-t-il dit à l'AFP.

Une enquête née d'une autre affaire

L'enquête visant Hanning n'a pas été ouverte directement sur la base de soupçons d'espionnage. Elle a démarré à la suite de perquisitions conduites dans le cadre d'une affaire distincte : Hanning est soupçonné d'avoir apporté son concours à Christina Block, héritière d'une célèbre chaîne allemande de restaurants, poursuivie pour avoir organisé l'enlèvement de deux de ses propres enfants afin de les soustraire à son ex-mari. C'est au cours de ces investigations que les soupçons d'espionnage auraient émergé.

Source: Le Temps

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