Camps de fortune à Ceuta pour protéger les migrantes des violences sexuelles
À Ceuta, des habitants ont installé des campements pour abriter près de 750 femmes et jeunes filles migrantes. Depuis le début de la crise, 23 agressions sexuelles ont été signalées, dont cinq viols.
Des bénévoles de quartier face à la vague de violences sexuelles contre les migrantes à Ceuta
Selon RTBF Info, au cœur de la crise migratoire qui a submergé Ceuta depuis un mois, des habitants ont pris l'initiative d'organiser deux campements de fortune pour mettre à l'abri des centaines de femmes et de jeunes filles arrivées à la nage depuis le Maroc.
Dans le quartier du Príncipe Alfonso, un terrain de football a été transformé en lieu d'hébergement : les ballons ont cédé la place à des tentes, des couvertures et du linge séchant à l'air libre. Un terrain vague jouxtant la mosquée de Sidi Embarek accueille un second campement. Les deux sites sont réservés exclusivement aux femmes — les hommes n'y sont pas admis.
Près de 750 femmes et jeunes filles hébergées
Uzman Bersabé, membre et porte-parole du Mouvement social et associatif de Ceuta, coordonne le campement installé près de la mosquée, qui accueille près de 400 femmes et jeunes filles. « Nous avons pris cette initiative car, dès les trois premiers jours de cet afflux massif, nous avons commencé à comprendre que les femmes venaient chercher refuge chez nous à cause d'une véritable vague de violences et de harcèlement sexuels. Une situation que nous n'avions jamais connue auparavant », explique-t-il.
Ahmed Enfed-Dal, président de l'association Príncipe Alfonso, gère l'autre campement, situé sur un terrain de sport à côté du collège Reina Sofía. Il abrite 350 jeunes filles et 190 femmes. « Nous sommes simplement une association de quartier, et nous avons mis en place ce campement en pensant qu'il durerait entre trois et cinq jours, mais cela fait maintenant près d'un mois que nous sommes ici », confie-t-il.
Depuis le 31 août, seules les mineures restent sur ce dernier site. Les adultes — parmi lesquelles des femmes enceintes et des mères accompagnées de jeunes enfants — ont été transférées dans un centre d'accueil aménagé par les autorités, financé sur fonds publics, à proximité de La Hípica.
Des conditions difficiles, des départs incertains
La vie quotidienne dans ces campements a été marquée par de nombreuses difficultés. « Il y a eu des maladies, des malaises, du stress, de tout. Des disputes entre ces femmes, aussi. Et notre travail ici, c'est d'essayer de faire en sorte qu'elles aillent bien, qu'elles s'entendent bien les unes avec les autres », relate une bénévole du quartier. Elle précise que la plupart des femmes hébergées vivaient auparavant dans la rue.
Les deux terrains doivent être libérés dans les prochains jours. « Ce terrain appartient aux habitants. Et la rentrée scolaire approche à grands pas. Les enfants du quartier doivent pouvoir jouer ici », souligne la même bénévole. Le sort des mineures restantes demeure incertain : « Où vont-ils les mettre ? On ne sait pas. »
Les femmes hébergées près de la mosquée sont soumises à un couvre-feu informel à 21 heures lorsqu'elles s'absentent. « Parce que le danger est toujours présent. Tout ce que nous avons fait, c'est les sortir de la rue pour qu'elles n'aient pas à subir de violences. Mais si elles restent dans la rue, ces violences continueront », fait valoir Uzman Bersabé.
23 agressions signalées, dont cinq viols
Les chiffres illustrent l'ampleur du problème. Depuis le début de la crise migratoire à Ceuta, 23 agressions sexuelles commises à l'encontre de migrantes ont été signalées dans la ville autonome. Neuf d'entre elles concernent des mineures âgées de 14 à 17 ans. Selon les données du parquet général de l'État, mises à jour au 31 août, cinq de ces affaires sont des viols. Sur les huit auteurs présumés identifiés, quatre sont marocains, trois sont espagnols et un est belge. Toutes les victimes sont des femmes, à l'exception d'un homme appartenant à la communauté LGBTQIA+.
Uzman Bersabé précise que trois victimes mineures ont été conduites directement à l'hôpital dès leur arrivée. « Les victimes sont arrivées terrorisées. Nous avons notamment conduit trois d'entre elles immédiatement à l'hôpital, où elles ont été prises en charge. Toutes les trois étaient mineures. »
Dans le campement proche du collège Reina Sofía, deux cas d'agression sexuelle supplémentaires ont également été signalés en interne.
Un appel à un soutien psychologique spécialisé
Une bénévole reconnaît les limites de l'action associative face à des traumatismes de cette nature. « Nous faisons ce que nous pouvons, mais il faudrait un accompagnement plus personnalisé dans ce domaine, car il s'agit d'un problème grave », souligne-t-elle. Les associations n'ont reçu qu'un soutien limité des autorités locales et du gouvernement espagnol, qu'elles accusent d'inaction dans les premiers jours de la crise.
Uzman Bersabé tire néanmoins un bilan positif de la mobilisation citoyenne : « Grâce à des associations comme la nôtre et à d'autres, il n'y a pas eu beaucoup plus d'agressions, car ces jeunes filles vivaient dans la rue. Imaginez un peu ce qui aurait pu se passer. »
Source: RTBF Info