Cyberattaque sur les frigos de supermarchés : des millions d'euros de pertes en France
Des pirates ont détourné le système de dégivrage de réfrigérateurs Danfoss dans plus de 300 magasins français. Les pertes atteignent plusieurs millions d'euros à l'échelle nationale.

Des congélateurs transformés en fours : l'attaque informatique qui a ravagé les stocks de la grande distribution
Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 octobre, une cyberattaque a ciblé les systèmes de régulation frigorifique du fabricant danois Danfoss, touchant plusieurs grandes enseignes de distribution françaises, dont Intermarché, Netto et Coopérative U. Selon lemonde.fr, les pirates auraient détourné la fonction de dégivrage automatique de ces installations pour imposer une montée en température continue, fixée à 50 degrés, entraînant la destruction massive de produits frais et surgelés.
En temps normal, les installations frigorifiques sont programmées pour effectuer deux heures de dégivrage sur une période de vingt-quatre heures. Cette nuit-là, la fonction aurait été forcée en continu pendant plusieurs heures. À l'ouverture des réfrigérateurs et congélateurs le matin, « une vague de chaleur s'est échappée », selon une source du secteur citée par lemonde.fr.
Une vulnérabilité dans des versions anciennes du logiciel Danfoss
L'attaque aurait exploité des failles présentes dans certaines versions antérieures à la version 4 du logiciel de régulation Danfoss. Ce système équipe un très grand nombre de magasins en France, ce qui expliquerait l'ampleur des perturbations. Outre les grandes enseignes, des magasins Metro et des commerces indépendants — notamment des boucheries — pourraient également avoir été touchés.
Dans certains établissements, l'attaque a débuté vers minuit, laissant plusieurs heures aux températures pour grimper et rendant impossible la sauvegarde des marchandises. Dans d'autres magasins atteints plus tard dans la nuit, le personnel aurait réussi à préserver une partie des produits frais.
Haguenau et Wasselone : les cas les plus lourds en Alsace
En Alsace, le bilan est particulièrement sévère. À Haguenau, dans le Bas-Rhin, l'Intermarché local aurait perdu l'intégralité de son stock de produits surgelés, pour une perte estimée à 50 000 euros. Le magasin Leclerc de la même commune serait également concerné, sans avoir encore chiffré les dégâts.
À Wasselone, dans le même secteur, un autre magasin Leclerc aurait dû jeter à la fois ses produits surgelés et ses produits frais : la perte y est estimée à 220 000 euros. À eux seuls, deux supermarchés alsaciens totalisent ainsi 270 000 euros de pertes. À l'échelle nationale, la facture pourrait atteindre plusieurs millions d'euros, selon des sources du secteur.
Plus de 300 magasins Intermarché et Netto affectés
Le groupement des Mousquetaires figure parmi les distributeurs les plus durement touchés. Contacté par BFMTV, le groupe a indiqué que 300 magasins de ses enseignes Intermarché et Netto ont été affectés — un bilan deux fois plus élevé que les premières estimations, qui faisaient état de 150 points de vente.
« Suite à une cyberattaque qui aurait touché un prestataire de la gestion des systèmes frigorifiques dans les magasins, certains matériels frais et surgelés sont hors-service. Intermarché et Netto ont pris toutes les précautions nécessaires pour retirer au plus vite les produits présents dans ces matériels », a indiqué le groupement à BFMTV.
Une communication interne du réseau Intermarché, datée du lundi 12 octobre et consultée par lemonde.fr, confirme l'existence d'une cyberattaque survenue dans la nuit chez Danfoss. « Plusieurs points de vente semblent impactés par une perte de leurs produits surgelés. Nos équipes sont mobilisées et prêtes à prendre en compte vos commandes exceptionnelles en priorité », précise ce document adressé aux magasins.
Coopérative U a pour sa part indiqué que « moins d'une centaine » de ses magasins avaient été touchés.
Cellules de crise et intervention de l'ANSSI
Des cellules de crise ont été mises en place pour travailler avec les entreprises spécialisées dans les installations frigorifiques et accompagner les magasins concernés. Une réunion de crise était prévue le lundi à 11 heures entre plusieurs prestataires du secteur du froid, dont Axima, spécialiste de l'installation et de la maintenance des équipements frigorifiques, et Danfoss, fournisseur des systèmes de régulation visés.
Saisie par le Premier ministre, l'ANSSI — Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information — a identifié une vulnérabilité dans le logiciel de la société danoise et pris contact avec l'éditeur. L'agence est en lien avec ses homologues européens, d'autres pays pouvant également être touchés, et cherche à identifier d'autres installations potentiellement exposées.
Internet et monde physique : une imbrication aux conséquences concrètes
L'incident illustre de manière frappante la convergence entre les systèmes connectés et les infrastructures physiques. Des équipements industriels pilotés à distance — ici des systèmes de froid dans des centaines de magasins — peuvent désormais être détournés pour causer des dommages matériels directs et massifs, sans que les opérateurs locaux puissent intervenir à temps. La question de la mise à jour des logiciels embarqués dans ces équipements, souvent délaissée dans les environnements industriels, se trouve au cœur de cette affaire.
Source: Google News LU FR