Discord au cœur du procès : Rohan Rane jugé pour torture sexuelle sur mineures étrangères
Un homme de 29 ans, vivant à Antibes, est jugé à Paris pour avoir forcé 13 adolescentes à se mutiler via Discord. Il encourt la réclusion à perpétuité.
Discord au banc des accusés : le procès Rohan Rane s'ouvre à Paris
Selon lemonde.fr, un homme de 29 ans de nationalité indienne, Rohan Rane, comparaît depuis le lundi 5 octobre devant la cour d'assises spécialement composée de Paris pour extorsion sexuelle, torture et acte de barbarie. L'accusé, qui résidait à Antibes, près de Cannes, encourt la réclusion à perpétuité. Le procès se déroule à huis clos et doit durer jusqu'au vendredi de la même semaine.
Les 13 victimes — âgées de 12 à 18 ans au moment des faits — étaient aux États-Unis, en Angleterre et aux Pays-Bas. Les violences ont eu lieu entièrement en ligne, sur la plateforme de messagerie Discord.
Des adolescentes forcées à se mutiler en direct
Les vidéos récupérées par les enquêteurs montrent des adolescentes se scarifiant en direct, sous les ordres de Rohan Rane et d'autres hommes réunis au sein d'une communauté en ligne. Depuis sa chambre à Antibes, l'accusé intimait aux victimes de graver son prénom et des croix gammées sur leur peau à l'aide de lames de rasoir. Certaines filles, âgées de 12, 14 ou 15 ans, allaient jusqu'à se pénétrer avec des couteaux.
L'avocat Hippolyte Marquetty, qui représente six victimes américaines et l'ONG Ecpat — partie civile dans cette affaire —, explique le mécanisme de manipulation : « Pour certaines, ça commence par une rencontre, puis elles discutent, et petit à petit elles peuvent être amenées à prendre des photos d'elles, parfois dénudées, à donner des informations sur leur famille, où elles habitent. Avec ces données-là, la relation se transforme, il les menaçait d'appeler la police, de diffuser des images d'elles à toute leur communauté. Il y a une telle pression psychologique, qu'elles n'arrivent pas à se sortir de ce système. Si le FBI n'avait pas eu vent de cette affaire, certaines auraient pu être poussées à se suicider. »
Un accusé qui se dit « coupable » et revendique son idéologie
Lors d'une audience en mars 2025, Rohan Rane avait déclaré être « coupable ». « J'assume tout », avait-il lancé. Il assume également son idéologie, qu'il qualifie lui-même de masculiniste et fasciste. Venu en France pour des études, l'accusé est décrit par les enquêteurs comme fasciné par le pouvoir. Un guide écrit lui est attribué, expliquant comment manipuler de jeunes filles pour en faire des esclaves.
Les victimes ont aujourd'hui une vingtaine d'années. « Il faut quand même imaginer que certaines ne connaissent même pas le visage de leur agresseur, elles ne l'ont jamais vu », souligne Hippolyte Marquetty. Certaines se sont rétablies, d'autres demeurent fragiles, selon leur avocat. Plusieurs doivent témoigner en visioconférence ; l'une d'elles a fait le déplacement en personne, pour, selon Marquetty, « renverser un petit peu la logique de pouvoir qui s'est exercée à l'époque des faits » et regarder l'accusé « droit dans les yeux ».
Huis clos ordonné à la demande des autorités américaines
Plusieurs victimes avaient, par l'intermédiaire de leur avocat, demandé que les débats soient publics. La cour d'assises de Paris a finalement prononcé le huis clos, lundi, à la suite d'une demande des autorités américaines. Dans son arrêt, la cour précise que le « groupe criminel » dont Rohan Rane est soupçonné d'avoir été le chef a déjà cherché à intimider des victimes et des témoins, et a menacé des procureurs américains. La présence de scènes de torture et d'humiliation impliquant des mineures de moins de 15 ans a également pesé dans la décision.
Discord épinglé sur la protection des mineurs
Au-delà du sort de l'accusé, le procès place la plateforme Discord au centre des débats sur la sécurité en ligne des mineurs. L'association e-enfance signale une « explosion » en France des cas de violences de ce type commises sur Discord. En témoignant, les jeunes femmes concernées espèrent alerter sur ces violences numériques et aider d'autres victimes à se manifester.
Cette affaire est loin d'être un cas isolé, selon les acteurs du secteur de la protection de l'enfance.
Source: Google News LU FR