Élysée Ade : procès en appel du "gourou de la Villette" pour abus
Élysée Ade, condamné à 30 mois de prison dont 12 ferme en 2022 pour abus de faiblesse, comparaît mardi en appel à Paris. Le leader autoproclamé des « Guerriers de lumière » conteste tous les faits reprochés.

Appel pour abus de faiblesse sur plus de vingt adeptes
Le procès en appel du "gourou de la Villette" s'ouvre ce lundi 28 septembre au palais de justice de Paris. Selon BFM TV, Élysée Ade comparaît à nouveau pour répondre d'accusations d'abus de faiblesse portées par une vingtaine de victimes identifiées par la justice, dont seulement quatre se sont constituées parties civiles.
En première instance, en 2022, Élysée Ade avait été condamné à 30 mois d'emprisonnement, dont 12 ferme, à effectuer sous bracelet électronique. Il nie catégoriquement tous les faits reprochés et maintient que le groupe des « Guerriers de lumière » n'est pas une secte et que ses membres le suivent librement.
Un profil atypique du cofondateur
Les anciens adeptes décrivent au contraire un contrôle psychologique qui a imprégné tous les aspects de leur vie quotidienne. Élysée Ade a commencé par des études en physique et mathématiques, suivies d'une spécialisation en jeu vidéo et informatique. Il dispensait gratuitement des cours de kung-fu dans les jardins du parc de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris.
À partir de 2003, sans formation professionnelle reconnaissable, il s'est présenté comme thérapeute, proposant des séances individuelles à 50 euros. C'est à cette période qu'il a fondé les « Guerriers de lumière », réunissant environ vingt personnes autour de lui.
Pratiques contestées au sein du groupe
Élysée Ade dispensait à ses adeptes des cours mêlant philosophie et ésotérisme lors de « cercles d'éveil », où circulaient des théories complotistes sur l'empoisonnement de l'air. Il prêchait aussi l'idée qu'il fallait transcender son ego individuel pour servir un but collectif : rétablir la paix mondiale.
Il a créé un sous-groupe exclusivement féminin baptisé les FOX (pour « Female Orgasm Expert »), auxquelles il enseignait des « cours de jouissance ». Il affirmait que l'orgasme féminin pouvait assurer le salut du monde. Lors de ces séances, il aurait appris à une quinzaine de femmes à atteindre la « huitième porte orgasmique », parfois en les masturbant lui-même à l'aide d'un sex-toy.
Au sein de ce groupe restreint, Élysée Ade était soupçonné de contrôler strictement le mode de vie et les pensées de ces femmes. Il vérifiait leur poids avec des « weight trackers » et exigeait qu'elles restent sous la barre des 40 kg.
Sortie de groupe et persécution
Pendant plusieurs années, aucun adepte ne contesta cette rhétorique ni ces pratiques. Les membres qui mettaient en doute les paroles d'Élysée Ade recevaient un traitement brutal de la part des autres. Matthieu, l'une des quatre parties civiles, a été le premier à signaler les agissements du gourou à l'été 2012, après avoir quitté les « Guerriers de lumière ». Dès le départ donné par Élysée Ade, Matthieu a reçu une pluie de menaces et d'insultes par mail de la part de tous les membres du groupe.
Me Rodolphe Bosselut, avocat des parties civiles, a décrit cette campagne comme d'une « violence inouïe ». Marie Drilhon, vice-présidente de l'Association de Défense des Familles et de l'Individu victimes de sectes (UNADFI), a expliqué la dynamique : « Dans un groupe sectaire, c'est binaire : vous êtes dedans ou dehors. Si vous êtes dehors, si vous partez, vous trahissez. Il y a un risque à vous fréquenter, d'où l'ostracisme. »
Ouverture d'une enquête officielle
Trois ans après le signalement de Matthieu, en 2015, le parquet a ouvert une enquête pour « abus frauduleux de l'état d'ignorance ou de faiblesse ». Élysée Ade a été placé sous contrôle judiciaire et renvoyé en justice pour une agression sexuelle — un viol correctionnalisé — sur l'une de ses anciennes adeptes lors d'une séance FOX.
Son procès en première instance s'est tenu en octobre 2022 au tribunal correctionnel de Paris. Bien que la justice ait identifié une vingtaine de victimes, seules quatre — deux hommes et deux femmes — s'étaient constituées parties civiles. Les autres étaient présentes à l'audience mais apportaient leur soutien à leur leader présumé, selon Me Bosselut : « C'était une armée de petits robots, les mêmes réactions au même moment… C'étaient vraiment des groupies venues soutenir leur dieu vivant. Les FOX étaient toutes habillées pareil. »
Verdict en première instance et appel
À l'issue du procès de 2022, au cours duquel Élysée Ade avait nié toute dérive sectaire et insisté sur le libre arbitre de ses adeptes, le tribunal l'avait condamné à 30 mois d'emprisonnement dont 12 ferme, avec bracelet électronique. Il avait été reconnu coupable d'abus de faiblesse mais relaxé sur l'accusation d'agression sexuelle.
Marie Drilhon explique pourquoi les autres adeptes n'ont pas porté plainte : « Dans plusieurs procès de ce type, on a souvent des personnes qui sont toujours adeptes. On ne sort pas quelqu'un de l'emprise malgré lui. Ces personnes ne se considèrent pas comme victimes et viennent le défendre. »
Lors du procès en appel, prévu jusqu'au 7 octobre, les parties civiles espèrent que la peine prononcée en première instance sera confirmée. « On attend que les plaignants qui ont continué avec beaucoup de courage leur parcours judiciaire soient reconnus comme victimes », conclut Marie Drilhon. L'avocate du prévenu, Me Isabelle Zerad, n'a pas répondu aux demandes de commentaires.
Source: BFM TV