Heurts lors de la marche blanche pour Paul Tancre à Margny-lès-Compiègne
Des tensions ont éclaté entre des gens du voyage et la police lors de l'hommage à Paul Tancre, mort après une course-poursuite. Deux personnes ont été interpellées, dont le médiateur de la communauté.

Hommage à Paul Tancre : affrontements et interpellations lors de la marche blanche dans l'Oise
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche 6 septembre à Margny-lès-Compiègne pour rendre hommage à Paul Tancre, mort le 22 août après une course-poursuite avec la police. Selon france3-regions.franceinfo.fr, la marche blanche a été marquée par de vives tensions entre des membres de la communauté des gens du voyage et les forces de l'ordre.
Gaz lacrymogènes et interpellations dès le départ
Le cortège devait s'élancer à 14 heures depuis la mairie de Margny-lès-Compiègne. Après les prises de parole des deux sœurs de la victime et d'un représentant de la communauté, un groupe de marcheurs a tenté de franchir les barrières érigées par les forces de l'ordre devant le bâtiment. La police a répliqué en lançant des gaz lacrymogènes pour disperser les personnes qui se pressaient contre les barrières.
Deux personnes ont été interpellées, dont le médiateur des gens du voyage. Des cris de « Police, raciste », « Vous êtes des merdes » et « des fascistes » ont retenti. Les marcheurs ont refusé de reprendre leur chemin tant que les deux individus n'étaient pas libérés. Le cortège est finalement parti avec trente minutes de retard, aux cris de « Justice pour Lapin » — le surnom de Paul Tancre.
Qui était Paul Tancre ?
Paul Tancre, 46 ans, père de quatre enfants, a perdu la vie dans la nuit du 21 au 22 août sur la D142, à hauteur de Bienville, dans l'Oise. Son véhicule avait pris la fuite lors d'un contrôle de police municipale avant d'être impliqué dans un accident. Le conducteur, Paul Tancre, a été tué sur le coup ; son passager a été légèrement blessé.
Le passager et les deux policiers municipaux qui assuraient la poursuite ont d'abord été placés en garde à vue. L'agent qui conduisait la voiture de police a été mis en examen pour « homicide routier » le 24 août, puis relâché et placé sous contrôle judiciaire. Son collègue et le passager de Tancre ont, quant à eux, été libérés à l'issue de leur garde à vue.
Violences et condamnations en marge des obsèques
Le 26 août, lors des obsèques de Paul Tancre, une quarantaine de personnes encagoulées avaient saccagé le bureau de poste, plusieurs boutiques et du mobilier urbain, et brûlé trois voitures dans le centre-ville de Margny-lès-Compiègne. Deux jeunes ont été interpellés le 2 septembre et placés en garde à vue. L'un d'eux a reconnu les faits et a été condamné à neuf mois d'emprisonnement aménagés avec un bracelet électronique.
L'identité et l'adresse du policier municipal mis en examen ont par ailleurs été diffusées en ligne, ce qui a conduit à l'ouverture d'une enquête distincte.
La famille réclame la vérité
La famille avait appelé à manifester « dans le calme, la paix et le respect » et sollicité le soutien de « tous les voyageurs de France pour faire justice ». Elle dénonce des zones d'ombre persistantes, quinze jours après la mort de Paul Tancre.
« Tout est caché. On est très en colère. On ne peut pas faire notre deuil sans savoir ce qu'il s'est passé. À la morgue, son corps était sous scellé. On a pu voir une partie de son bras, entourés de policiers. On a appris par hasard qu'il avait subi une autopsie. Personne ne nous a rien dit. On n'a vu aucun médecin », a déclaré Fleurile, l'une des sœurs de la victime.
Les proches réclament une peine de prison ferme pour le policier municipal mis en examen, qu'ils accusent d'avoir « écrasé » Paul Tancre. « Tant qu'il sera dehors, notre deuil ne sera pas fait. On veut qu'il aille en prison parce que mon frère, lui, est au cimetière », ont-ils ajouté.
L'avocat de la famille pointe des zones d'ombre
L'avocat de la famille, maître Alexis Baudelin, juge le dossier insuffisamment instruit. « Ce dossier n'est pas clair. Nous voulons savoir ce qu'il s'est passé lors de la course-poursuite. Est-ce que les véhicules se sont percutés ? Comment Paul s'est retrouvé au milieu de la route tandis que la voiture était retournée dans un fossé ? Encore beaucoup de questions se posent. Cela va nécessiter un temps d'enquête important », a-t-il expliqué.
300 marcheurs jusqu'au cimetière
Encadrés par 250 policiers, quelque 300 personnes ont rejoint en musique le cimetière de la commune où repose Paul Tancre. L'hommage s'est achevé vers 16 heures, après le dépôt de gerbes sur la tombe.
Une information judiciaire a été ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de l'accident mortel du 22 août.
Source: Google News LU FR