Lycée Paul-Éluard à Saint-Denis : trois interpellations lors d'une intervention policière

Trois personnes ont été interpellées jeudi au lycée Paul-Éluard lors d'une intervention de la BAC pour appréhender un élève. Le personnel dénonce une intervention « violente » ; la police affirme avoir agi avec l'accord du proviseur.

Lycée Paul-Éluard à Saint-Denis : trois interpellations lors d'une intervention policière

Intervention policière et tensions au lycée Paul-Éluard

Selon ici.fr, une intervention de police en civil s'est déroulée jeudi matin au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, l'un des principaux foyers du mouvement lycéen en cours. Trois personnes ont été interpellées lors de cette opération.

Des personnels de l'établissement ont dénoncé le déroulement de l'intervention. « Des élèves organisaient un nouveau blocus devant l'établissement quand la police a commencé à charger, à gazer, à insulter, à frapper, les jeunes, mais aussi des adultes cherchant à les protéger », ont expliqué à l'AFP des membres du personnel. Selon leur récit, le proviseur a convoqué un élève dans son bureau avant de faire entrer la police pour procéder à l'arrestation. Des personnels se sont alors interposés, provoquant selon eux « des réactions violentes de la part de la police, y compris des coups contre des collègues ».

Le récit des autorités

La préfecture de police de Paris expose une version différente. Les forces de l'ordre sont entrées dans le lycée « avec l'accord du chef d'établissement », affirme-t-elle à franceinfo. Des effectifs de la brigade anti-criminalité visaient à « interpeller l'auteur d'un outrage s'étant réfugié dans l'enceinte de l'école ». Empêchés par les professeurs, les fonctionnaires ont décidé de « se retirer afin de rétablir le calme ». La proviseure a ensuite fermé et évacué l'établissement « sans concours de la force publique ».

La CGT Educ'action 93 dénonce cependant ce qu'elle qualifie d'« intrusion de la BAC ». Le syndicat affirme que des membres du personnel « se sont interposés » face à une scène « extrêmement brutale ». Il assure qu'« un collègue a été étranglé et que plusieurs ont reçu des coups ».

Les plaintes et l'enquête

Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête de flagrance pour « violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique ». Les policiers dénoncent à leur tour la commission de violences à leur égard de la part des enseignants présents et ont déposé plainte. Ils seront « prochainement examinés par un médecin », indique un communiqué du parquet publié jeudi soir.

Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent plusieurs policiers en civil, dont l'un porte un brassard « police ». On entend le personnel crier « Libérez notre élève ». La préfecture de police précise que près de 300 élèves étaient rassemblés à proximité du lycée au moment de l'intervention, « en marge du mouvement lycéen ». Selon cette même source, « plusieurs infractions ont été commises à l'encontre des policiers ».

Le témoignage de l'élève visé

Bilel, l'élève que la BAC devait interpeller, a confié à France Inter être « sous le choc ». Selon lui, le proviseur « est censé protéger ses élèves, pas les dénoncer ». L'adolescent raconte que les policiers le « tenaient par derrière, au niveau de la nuque » et le « poussaient dans les escaliers en me tenant, en me serrant fort contre les profs ». Il affirme n'avoir « à aucun moment essayé de s'enfuir ». Grâce à la mobilisation des enseignants, Bilel n'a finalement pas été interpellé et est rentré chez lui.

Contexte réglementaire et fermeture

Le rectorat de Créteil affirme que la police « a demandé au proviseur d'entrer », une demande que ce dernier « ne peut pas refuser ». Il était initialement prévu d'« isoler l'élève », soupçonné d'« insulte à agent ». Le rectorat reconnaît que la situation a ensuite « dégénéré » et que des « personnels se sont interposés ». L'établissement a été fermé dès jeudi après-midi et est resté ferme vendredi, les cours s'étant déroulés à distance.

La préfecture de police rappelle que les forces de l'ordre peuvent intervenir au sein d'un établissement lorsqu'elles sont requises par le chef d'établissement ou y accéder après avoir obtenu son accord. L'opération relève du cadre des « flagrants délits » selon les dispositions du Code de procédure pénale.

Contexte du mouvement lycéen

Cet incident s'inscrit dans un contexte plus large de mobilisations lycéennes en Île-de-France depuis une semaine. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a estimé lundi que les manifestations et blocages aux abords de lycées « s'apparentent à des violences urbaines ». Le gouvernement a annoncé 164 interpellations liées à ces mouvements. Des blocages de lycées se sont poursuivis mardi en France, émaillés d'incidents : le ministère de l'Intérieur a dénombré 440 interpellations, principalement de mineurs.

Mercredi après-midi, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés dans le quartier de Châtelet-Les Halles à Paris, où un début d'incendie a endommagé la façade d'un immeuble. Deux cent quatre-vingts interpellations ont eu lieu à Paris lors de cet événement.

Source: Google News FR — Crime (fr)

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