Meurtre de Gradignan : le suspect change plusieurs fois de version devant la cour
Ulric Riboulet, accusé du meurtre de Véronique Boitard en 2022, a donné des récits contradictoires face aux juges. Les preuves matérielles le contredisent systématiquement.
Récits décousus et preuves accablantes
Selon sudouest.fr, devant la cour d'assises de Gironde, Ulric Riboulet a énoncé plusieurs versions de son implication dans le meurtre de Véronique Boitard. Tuée au couteau à Gradignan à l'été 2022 chez elle, sans motif apparent, sa voisine restait au cœur d'un dossier criblé de contradictions de la part de l'accusé, âgé de 27 ans au moment du procès.
Lors de son audition mardi 6 octobre, Riboulet a d'abord nié toute responsabilité. Il affirmait avoir surpris « un à trois individus » en fuite et être entré dans le domicile, laissant ses empreintes de pas. Il prétendait avoir découvert le corps puis avoir pris peur. Confronté à nouveau par les magistrats, il a finalement changé de récit en affirmant avoir été témoin du meurtre : il aurait essayé d'arrêter l'agresseur et aurait même reçu une blessure au bras lors de la confrontation.
Ces versions successives contrastaient fortement avec les éléments matériels. Le sang de la victime a été retrouvé sur les baskets de Riboulet. La scène de crime portait une dizaine de traces de semelles correspondant à ses chaussures — les seules empreintes de pieds relevées sur le carrelage du domicile.
Un profil psychiatrique agité et confus
Le parcours de Riboulet révèle une instabilité comportementale signalée depuis l'adolescence. À 14 ans, en 2014, sa mère l'a découvert en train de se brûler la main avec un briquet. Il évoquait « des voix ». Cette première hospitalisation à l'hôpital Charles-Perrens a été suivie de deux autres séjours en six années.
En 2018, il a agressé un cousin à Madagascar avec un couteau. Il a justifié cet acte en disant qu'« il y avait une bagarre ». En 2020, il a jeté un hachoir en direction d'un voisin auquel sa mère s'était réfugiée. Le psychiatre ayant examiné Riboulet à cette époque a diagnostiqué une schizophrénie et l'a déclaré pénalement irresponsable.
Cependant, les trois experts psychiatres sollicités après le meurtre de Véronique Boitard ont conclu à l'opposé. Selon eux, son discernement n'était ni aboli ni altéré au moment des faits. Les experts ont affirmé l'« absence de pathologie mentale », en soulignant des troubles du comportement. Le Dr Paul Bonnan a expliqué : « Son problème, c'est l'acceptation des contrariétés, des frustrations. Le cannabis le désinhibe et facilite son passage à l'acte. »
Cannabis et fragilité psychique
La consommation de cannabis a été identifiée comme facteur aggravant. À certaines périodes, Riboulet fumait jusqu'à 30 joints par semaine. Les psychiatres ont évoqué des possibles crises de « pharmacopsychose ». Le Dr Jacques Bertrand a précisé : « Sur une personne équilibrée, le cannabis ne cause pas forcément de soucis. Chez un être fragile, la substance peut entraîner une psychose aiguë. »
Incarcéré depuis quatre ans avant le procès, Riboulet s'était sevré du cannabis. Ses codétenus le décrivaient comme préparant des gâteaux pour leurs anniversaires et jouant de la guitare à l'occasion. Néanmoins, le deuxième jour d'audience a confirmé une pensée désordonnée et confuse.
Ses proches le décrivaient tour à tour comme « discret », « calme » et « un peu perché ». Sa mère, assistante maternelle de 50 ans, a reconnu que son fils avait eu une enfance marquée par l'absence totale de son père, avant que les difficultés ne s'intensifient à l'adolescence.
Incertitude sur l'imputabilité
Face aux contradictions persistantes et à la nature fragmentée du discours de Riboulet, la présidente de la cour a annoncé, avant de clore l'audience du deuxième jour, que le tribunal examinerait finalement la question de sa responsabilité pénale avant de rendre son verdict le mercredi suivant. Les trois experts avaient affirmé qu'il était pleinement responsable de ses actes, mais le désordre manifeste de sa pensée et l'historique psychiatrique complexe laissaient planer un doute sur la détermination de cette responsabilité au moment du jugement.
Source: Google News FR — Crime (fr)