« Narcorama » : cent ans de trafic de drogue décortiqués à Marseille

Une nouvelle série documentaire retrace l'histoire du narcotrafic à Marseille, de la French Connection à la DZ Mafia, via des témoignages rares et archives inédites. La plateforme France.tv diffuse la première saison.

« Narcorama » : cent ans de trafic de drogue décortiqués à Marseille

Marseille et ses cent ans de drogue : la série « Narcorama »

Selon france3-regions.franceinfo.fr, une série documentaire magistrale, « Narcorama », démêle l'histoire du trafic de stupéfiants à Marseille. La première saison est désormais accessible sur la plateforme France.tv, retraçant cent ans de narcotrafic en passant par les premiers parrains corses et italiens, la naissance de la DZ Mafia, la French Connection et l'assassinat du juge Michel.

Un événement qui change tout

La série s'ouvre sur la fusillade du Clos la Rose de novembre 2010. Ce soir-là, deux voitures de sport débarquent sur un point de deal. Des armes automatiques sortent des vitres, arrosant tout sur leur passage. Jean-Michel, seize ans, qui fait le « chouf », est tué par les balles. Le petit Lenny, onze ans, témoin du carnage, devient lui-même une cible. Les assaillants le poursuivent. Le gamin s'échappe, grièvement blessé et traumatisé, mais survit. Cette fusillade marque un tournant : pour la première fois, des narcotrafiquants s'en prennent à des enfants. Ils ne tuent plus par vengeance ; ils tuent pour semer la terreur et s'emparer d'un territoire.

Une enquête sans détour

La série s'appuie sur des témoignages rares, notamment celui d'un chef des douanes expliquant comment des tonnes de cocaïne sont débarquées au port grâce à un système présumé de complicités internes. Des archives exceptionnelles complètent le tableau : le vieux Marseille d'avant-guerre, quand Carbone et Spirito commencent à trafiquer l'héroïne. Sans voix off, le montage donne à comprendre comment la drogue et ses trafiquants ont mis la ville sous emprise pendant près d'un siècle.

Vincent Hérissé, réalisateur, explique le choix de cette approche : « Suivre le fil de la drogue, c'était une manière de raconter Marseille. Il fallait faire un détour par ce qu'il s'est passé hier pour comprendre ce qui nous arrive aujourd'hui. »

Pauvreté et complicités

Le documentaire expose sans détour la pauvreté, la collusion entre pouvoirs politique et mafieux, et la volonté délibérée de fermer les yeux durant des décennies. « Narcorama » se regarde comme une tragédie grecque : on sait qu'à l'arrivée, ça finit mal.

La série démonte également certains mythes tenaces. Hérissé relève : « Le record absolu du nombre de morts à Marseille, c'est 2023, avec 49 narchomicides. Mais il y en a eu presque autant en 1986. Petit rappel pour ceux qui ont la mémoire courte. » Elle refuse l'angélisme envers le milieu corso-marseillais tout en évitant de stigmatiser les populations actuelles, privilégiant un regard factuel et documenté, proche des victimes.

Anne-Sophie Maxime, directrice de l'antenne et des contenus d'Ici Provence-Alpes-Côte d'Azur, souligne : « C'est d'ailleurs parce que nous sommes une télévision du service public, qui refuse le sensationnalisme, que de nombreux témoins ont accepté de nous parler. »

Diffusion et suite

La saison 1 sera diffusée en intégralité lors d'une soirée débat le 11 octobre, avec une prise d'antenne exceptionnelle dès 21 heures. Une saison 2 est déjà en préparation. Elle explorera comment le narcotrafic gangrène aujourd'hui des pans entiers de la société civile — notamment l'industrie musicale et le cinéma — grâce aux revenus considérables qu'il génère.

Le chiffre d'affaires annuel de la DZ Mafia se chiffre à plusieurs milliards d'euros. Hérissé conclut avec pessimisme : « Je ne sais pas si on a perdu la guerre, mais la plupart des témoins que j'ai interviewés se disent très pessimistes. »

Source: Google News FR — Crime (fr)

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