Neuf personnes jugées pour un trafic international de meubles Giacometti

Neuf prévenus comparaissent à Alès pour avoir vendu 630 000 € de mobilier signé Giacometti, revendu plus de 2 M€. Le dossier soulève des questions sur l'authenticité des pièces.

Neuf personnes jugées pour un trafic international de meubles Giacometti

Procès d'un trafic de meubles de luxe à Alès

Neuf prévenus se présentent vendredi 16 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel d'Alès, poursuivis pour escroquerie en bande organisée, blanchiment et travail dissimulé. Selon Midi Libre, ils sont impliqués dans un vaste trafic international de mobilier d'art, dont des pièces signées Giacometti et attribuées à Picasso.

L'instruction révèle un schéma de revente systématique. Des habitants d'Alès ont écoulé 630 000 € de meubles de luxe auprès de galeries parisiennes et de la maison de ventes Christie's. Ces mêmes pièces ont ensuite transité par plusieurs pays — Grande-Bretagne, Italie, Hong Kong, États-Unis, Brésil — avant d'atteindre une valeur totale de près de 2 M€.

Les enquêteurs, pilotés par la brigade de recherches d'Alès et le groupe d'intervention régional (GIR), ont détecté le schéma en 2016 après des signalements du service de renseignement financier Tracfin concernant des transferts de sommes importantes effectués par des personnes déclarant peu ou pas de revenus. Un coup de filet en janvier 2017 a mené à l'interpellation d'une douzaine de suspects dans plusieurs départements du sud de la France.

Des pièces à l'authenticité contestée

Contrairement à ce que suggère une première lecture, le dossier ne concerne pas des vols d'œuvres d'art, mais uniquement des ventes et achats de mobilier dont l'authenticité reste discutée. Une paire de chaises attribuée à Picasso a ainsi été proposée à Christie's pour 100 000 €, avant de transiter par la Grande-Bretagne et de reparaître sans que les prix ni les circuits exacts soient documentés.

Des fauteuils dits "tête de lionnes" et une paire de chaises "Picasso" refusés par Christie's — après l'avis d'un expert déclarant le mobilier inauthentique — ont néanmoins fait l'objet d'une transaction en 2014 entre les prévenus et un galeriste parisien également expert, pour 190 000 €. Ce professionnel les a revendus 230 000 €. Un tiers acheteur a ensuite réalisé un profit quasi triple, vendant la paire de chaises à Hong Kong pour 250 000 € et les fauteuils à Los Angeles pour 390 000 €.

Des questions sans réponse

Le cas d'une grande table octogonale aux caryatides, vendue en Italie pour 700 000 €, exemplifie l'opacité du dossier. Des tables comparables ont atteint des prix bien supérieurs : une table similaire de la collection Givenchy a fait partie d'un lot de trois, vendu pour 11,2 M€ en 2017, tandis qu'un collectionneur brésilien en avait acquis une pour 3,6 M€ en 2005. Les enquêteurs se demandent pourquoi un professionnel réputé travaillant à l'international aurait cédé une telle œuvre à un prix disproportionné — peut-être, suggèrent-ils, parce qu'il suspectait son inauthenticité.

Sur le banc des prévenus figurent des résidents des quartiers populaires d'Alès, plusieurs antiquaires, un gérant de société et divers intermédiaires. Aucun représentant des grandes galeries parisiennes ni de Christie's n'a été assigné à comparaître, une absence qui suscite des interrogations parmi les avocats de la défense.

Les enquêteurs jugent les procédés des galeristes et experts "pour le moins troubles", particulièrement dans les cas où un même individu détient à la fois une galerie et une activité d'expertise. Bien que l'avocat des ayants droit de Giacometti se soit abstenu de s'opposer à la vente par Christie's d'une paire de fauteuils "tête de lionnes" — tout en s'étonnant du "nombre considérable" de tels fauteuils commercialisés ces dernières années —, la question de l'authenticité demeure centrale au dossier.

L'instruction, particulièrement longue, n'a pas sollicité l'appui de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), une absence que plusieurs observateurs regrettent. Une partie civile s'est constituée dans le dossier. L'audience de vendredi devrait permettre de préciser les rôles et responsabilités respectifs des protagonistes, mais d'autres éléments du circuit demeurent opaques.

Source: Google News FR — Crime (fr)

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