Six ans de prison pour le chef d'un réseau de drogues géré comme une entreprise à Fréjus
Sofian B., surnommé « El Chapo », dirigeait un trafic de stupéfiants structuré entre Fréjus et Le Muy, générant 90 000 euros par mois. Il a été condamné à six ans d'emprisonnement.

Condamné à six ans, le chef du réseau « El Chapo » de Fréjus gérait ses dealers comme des salariés
Sofian B., alias « El Chapo », a été condamné mardi à six ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Draguignan, selon nicematin.com. Cet homme dirigeait un réseau de trafic de stupéfiants entre Fréjus et Le Muy, actif à cheval sur les années 2024 et 2025, avec une organisation calquée sur le monde de l'entreprise.
Telegram, fiches de paie et périodes d'essai
Le réseau disposait de trois canaux distincts sur l'application Telegram : un dédié à la publicité, un autre aux commandes, et un dernier consacré à la gestion du planning des « salariés ». Des offres d'emploi étaient publiées, des journées de formation organisées, une période d'essai imposée, et des retenues sur salaires appliquées en cas de retard ou d'erreurs. Le recours aux menaces complétait l'arsenal managérial.
« Il ne manquait que le numéro Siret », a ironisé la procureure Stéphanie Félix au moment de prendre ses réquisitions contre les douze prévenus. La structure, baptisée « Boston George » sur Telegram — référence au trafiquant américain George Jung —, avait été créée vers 2020 sur Snapchat avant de migrer vers cette plateforme. Elle a été découverte en février 2025 à l'issue d'un contrôle de routine impliquant un consommateur et son vendeur.
90 000 euros de chiffre d'affaires mensuel
Les investigations ont établi que le trafic — portant sur de la résine et de l'herbe de cannabis, de la cocaïne et de l'ecstasy — rapportait environ 3 000 euros par jour, soit près de 90 000 euros par mois. La « masse salariale » oscillait entre 4 800 et 8 000 euros par semaine selon les périodes. « Il restait donc 40 à 50 000 euros pour l'approvisionnement et le train de vie. Cette petite entreprise fonctionnait bien, si ce n'est qu'elle était totalement illégale », a précisé Stéphanie Félix.
Depuis le Var ou Dubaï, où il affichait un goût prononcé pour les grosses cylindrées, Sofian B. tenait les rênes. Sa compagne, surnommée « Rosa » et décrite comme « aveuglée par l'amour », occupait les fonctions de comptable et de responsable des ressources humaines. Deux lieutenants, Mohammed K. et Dylan C., supervisaient les livreurs et les preneurs de commandes. La drogue était stockée dans deux appartements, dont celui d'un jeune homme à peine majeur.
« Je suis tombé amoureux de l'IA »
Arborant un tee-shirt « Boss » à l'audience, Sofian B. a affirmé avoir tiré les leçons de ses actes. « J'ai trouvé ma voie, a-t-il déclaré, une flamme dans les yeux. Je suis tombé amoureux de l'IA, de la bourse et des cryptomonnaies. Je sais ce que je vais faire demain. »
Sa défenseure, Me Nolwenn Desbois, a contesté la qualification de chef de réseau, soulignant les zones d'ombre de l'enquête : « Ce n'est pas parce que les nourrices ou les vendeurs n'ont vu que lui qu'il n'y a personne au-dessus. Qui gérait les approvisionnements par exemple ? L'enquête ne le dit pas. »
Peines pour l'ensemble des prévenus
Les deux adjoints principaux ont été condamnés à quatre et trois ans de prison ferme respectivement. Un mandat d'arrêt a été décerné à l'encontre de Dylan C., absent au procès et en fuite. Les autres prévenus, pour la plupart d'anciens consommateurs ayant intégré le réseau pour financer leur dépendance ou rembourser des dettes, ont écopé de peines mixtes.
Source: Google News FR — Crime (fr)