Force anti-gangs en Haïti : mandat renouvelé, mais seulement 1 600 hommes déployés

Le Conseil de sécurité de l'ONU a prolongé de six mois la Force de répression des gangs en Haïti, alors que ses effectifs restent bien en deçà des 5 500 hommes prévus.

La FRG reconduite pour six mois, loin de sa pleine capacité

Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté, mardi 29 septembre 2026, la prolongation de six mois du mandat de la Force de répression des gangs (FRG) déployée en Haïti, par 12 voix pour et trois abstentions — celles de la Chine, de la Russie et du Pakistan. Selon rfi.fr, cette décision intervient un an après l'autorisation initiale de la force par les Nations unies, alors que son déploiement demeure très partiel et que l'insécurité reste élevée sur l'ensemble du territoire.

Autorisée en septembre 2025, la FRG a entamé ses opérations fin juin à Port-au-Prince, après le départ de la mission précédente dirigée par le Kenya en avril. Ses activités se sont ensuite étendues à l'Artibonite, région à laquelle les militaires et leur équipement ont dû accéder par voie maritime, les axes routiers depuis la capitale demeurant sous le contrôle de groupes armés. La force est composée majoritairement de soldats tchadiens, auxquels s'ajoutent des contingents de Jamaïque, du Sri Lanka et de Mongolie.

Effectifs insuffisants, objectifs reportés

Le déploiement complet de la FRG, plusieurs fois repoussé, était initialement annoncé pour octobre, avec un objectif de 5 500 hommes — soit plus du double de l'effectif maximal de la mission précédente. Cet objectif est loin d'être atteint. « On est donc loin des 5 500 », reconnaît Sophie Rutenbar, experte de l'ONG Global Initiative, citée par rfi.fr. La force compte actuellement un peu moins de 1 600 hommes. « L'objectif est que l'essentiel des troupes soit déployé sur le terrain avant la fin de cette année », précise-t-elle, évoquant trois divisions d'infanterie.

Cette échéance revêt une importance stratégique particulière : les autorités de transition haïtiennes ont fixé au 13 décembre le premier tour de l'élection présidentielle et des législatives. Le pays n'a pas élu de président depuis plus de dix ans. Les États-Unis poussent en faveur de la tenue du scrutin, mais des questions demeurent sans réponse : comment organiser des élections avec un tel niveau d'insécurité, et comment garantir l'accès aux urnes pour les habitants des zones contrôlées par les gangs ?

Peu d'opérations majeures depuis juin

Sur le terrain, le bilan opérationnel de la FRG reste limité depuis le début de son déploiement. Ses soldats « ont mené des patrouilles à pied et en blindé, soit seuls soit avec la police et l'armée haïtiennes », détaille Sophie Rutenbar. « Ils ont aussi fait des opérations ciblées, pour vider des caches d'armes de groupes armés, dégager des axes et des checkpoints établis par des gangs. »

Depuis juin, ces opérations ont abouti à la saisie de quelques dizaines d'armes et à la mort de six membres présumés de gangs. Trois d'entre eux ont été tués le 28 septembre à Gros-Morne, dans l'Artibonite, où plusieurs habitants ont ensuite été tués par des groupes armés après le retrait des militaires de la FRG. Aucun axe routier majeur n'a été repris, et aucun chef de gang important n'a été neutralisé. La FRG n'a pas communiqué sur le nombre d'arrestations effectuées.

Les gangs adaptent leur stratégie

Face au renforcement de la présence internationale, les gangs semblent avoir revu leur mode opératoire. Plutôt que d'affronter directement une force mieux équipée, ils chercheraient à multiplier leurs actions sur plusieurs fronts pour disperser les effectifs déployés. « On a vu ces derniers mois les gangs étendre leurs opérations, avec un objectif stratégique assez clair de leur part », analyse Sophie Rutenbar, « celui d'éparpiller la Force de répression des gangs et de tenter de lui rendre la tâche plus difficile. »

L'experte avertit que si cette tendance se confirme, un effectif de 5 500 hommes pourrait s'avérer insuffisant. « Dans ce cas, il faudrait que la force adapte ses objectifs ou augmente ses effectifs », souligne-t-elle.

L'attaque perpétrée fin août à Kenscoff, à proximité de Port-au-Prince, illustre cette dynamique : 47 personnes y ont été tuées et des dizaines d'autres enlevées par des groupes armés, dans une zone où la FRG n'est pas présente et où la police a été prise de court.

Source: Google News HT — Port-au-Prince

Read this article in English