Haïti, corridor maritime du narcotrafic : trois saisies majeures documentées par l'ONU
Le rapport final S/2026/714 du Groupe d'experts de l'ONU documente trois saisies de cocaïne et cannabis via les eaux haïtiennes en 2025-2026.

Routes maritimes haïtiennes au cœur du trafic de stupéfiants régional
Selon vantbefinfo.com, le Groupe d'experts des Nations Unies a publié en septembre 2026 son rapport final S/2026/714, documentant trois saisies majeures de cocaïne et de cannabis impliquant les eaux et ports haïtiens. Le rapport souligne que l'insécurité persistante et la faiblesse des mécanismes de contrôle facilitent le développement des trafics illicites. Le nord d'Haïti constitue un corridor actif pour les réseaux criminels opérant dans la région, avec la participation documentée de ressortissants jamaïcains et bahamiens.
Île de la Tortue : 1 045 kilos de cocaïne interceptés
Le 13 juillet 2025, la Police nationale d'Haïti (PNH) a intercepté une embarcation au large de l'île de la Tortue, dans le département du Nord-Ouest, saisissant 1 045 kilogrammes de cocaïne. Un État membre a indiqué aux experts que la cargaison provenait de la région côtière de Buritaca, dans le département colombien de Magdalena, zone d'opération du groupe criminel Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada.
Le rapport évalue la valeur de la cargaison à environ 34 millions de dollars sur le marché américain. Deux ressortissants — l'un jamaïcain, l'autre bahamien — ont été arrêtés avant de mourir lors de l'opération ; deux autres suspects sont tombés à la mer. Les autorités haïtiennes ont poursuivi leur enquête en exploitant les données extraites d'un téléphone satellitaire et de cartes SIM récupérés sur place.
Anvers : plus d'une tonne dissimulée dans une cargaison de cacao
Le 14 juillet 2025, un conteneur a quitté le port du Cap-Haïtien à destination de l'Europe. Après un transbordement à Kingston, en Jamaïque, il est arrivé au port d'Anvers, en Belgique, le 22 août 2025. Les autorités belges y ont découvert 1 156,42 kilogrammes de cocaïne répartis en 1 000 paquets, selon le rapport onusien.
La drogue avait été introduite selon la méthode dite du « rip-off » : des produits illicites sont dissimulés dans une cargaison commerciale légale, parfois à l'insu de l'expéditeur et du destinataire. Il s'agit du deuxième cas signalé à Anvers impliquant une cargaison en provenance d'Haïti : en septembre 2023, les autorités belges avaient déjà saisi 308,7 kilogrammes de cocaïne dans un envoi parti de Port-au-Prince. Les deux affaires sont liées à des circuits d'exportation de cacao haïtien. Le rapport précise toutefois qu'il n'est pas établi que les exportateurs concernés avaient connaissance de la présence de stupéfiants.
Môle-Saint-Nicolas : 1 376 kilos de cannabis saisis par les garde-côtes américains
Le 30 avril 2026, les garde-côtes américains ont intercepté un navire au large de Môle-Saint-Nicolas, dans le Nord-Ouest, conduisant à la saisie de 1 376 kilogrammes de cannabis. Le Groupe d'experts souligne que cette opération illustre l'ampleur des flux de stupéfiants transitant par les eaux haïtiennes vers le nord des Caraïbes et au-delà.
Le rapport signale par ailleurs des chevauchements entre certains réseaux de narcotrafic et des filières de migration clandestine, qui peuvent emprunter des routes maritimes similaires, tout en indiquant que ces activités ne doivent pas être systématiquement assimilées l'une à l'autre.
Des contrôles portuaires et maritimes insuffisants
Le Groupe d'experts conclut que les saisies documentées témoignent du rôle d'Haïti dans certaines routes régionales du narcotrafic. Les trafiquants exploitent les voies maritimes et les circuits commerciaux légaux pour déplacer leurs cargaisons, dans un contexte de gouvernance fragile et d'insécurité généralisée.
Le rapport précise que ces données ne signifient pas que l'ensemble des exportations haïtiennes sont suspectes ni que les entreprises impliquées participent nécessairement aux trafics. Elles mettent en évidence les risques de détournement de cargaisons et les difficultés de contrôle des chaînes logistiques. Le renforcement des contrôles portuaires, de la surveillance maritime et de la coopération internationale est identifié comme un enjeu central pour limiter ce transit de stupéfiants.
Par Deslande Aristilde / Vant Bèf Info
Source: Google News HT — Crime