Amnesty accuse les forces espagnoles de violences et torture contre des migrants à Ceuta
Amnesty International dénonce des violences, humiliations et actes pouvant constituer de la torture commis par des militaires espagnols contre des migrants à Ceuta.

Ceuta : Amnesty International documente des violences militaires contre des migrants
Amnesty International accuse des militaires espagnols d'avoir soumis des migrants et des demandeurs d'asile à Ceuta à des violences, humiliations et mauvais traitements, dont certains actes pourraient constituer de la torture au regard du droit international. Hespress rapporte que l'organisation a publié ce rapport mercredi, deux mois après qu'une vague migratoire massive en provenance du Maroc a conduit plus de 80 000 personnes à entrer dans l'enclave espagnole.
Pour établir ses conclusions, Amnesty a mené une mission de terrain à Ceuta du 10 au 15 septembre, au cours de laquelle ses équipes ont interrogé plus de 65 migrants et demandeurs d'asile. Parmi eux figuraient 31 mineurs non accompagnés âgés de 13 à 17 ans ainsi que 26 femmes, dont deux enceintes.
Témoignages de coups, harcèlement et confiscation de téléphones
Au total, 22 personnes ont livré des témoignages directs faisant état de coups, harcèlement, humiliations et confiscation ou destruction de téléphones portables par des militaires. Des photographies, vidéos et dossiers médicaux recueillis par l'organisation font état de blessures compatibles avec l'usage de matraques et d'autres formes de violence physique. Les allégations documentées comprennent également des menaces et insultes, une privation de sommeil ainsi que des expulsions forcées.
Amnesty indique que certains des comportements signalés pourraient constituer de la torture ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants au sens du droit international.
Des centaines de femmes et d'enfants sans abri
Le rapport soulève en outre de vives inquiétudes concernant la situation des femmes et des enfants. Les autorités de Ceuta ont recensé 2 383 mineurs migrants non accompagnés ; entre 500 et 700 d'entre eux demeuraient sans hébergement d'urgence au moment de la publication. Environ 800 femmes, dont certaines accompagnées d'enfants, dormaient en plein air, avec un accès limité à la nourriture, à l'eau, aux sanitaires et aux soins médicaux.
L'organisation a par ailleurs documenté des allégations de violences sexuelles. Les autorités judiciaires espagnoles ont ouvert 37 enquêtes impliquant des femmes et des filles migrantes, dont 28 restaient en cours à la date du rapport. Trente-neuf victimes présumées ont été identifiées, parmi lesquelles 14 mineures.
Profilage racial et restrictions de circulation
Amnesty accuse également les autorités espagnoles et les militaires d'avoir eu recours au profilage racial à l'encontre de personnes perçues comme étant d'origine nord-africaine, parfois interpellées ou empêchées de circuler librement dans certains quartiers de la ville en raison de leur apparence ou de leur tenue vestimentaire. Des observateurs de l'organisation ont eux-mêmes été témoins de militaires sommant des personnes racialisées de quitter des espaces publics.
Amnesty appelle à un plan humanitaire d'urgence
L'organisation reconnaît les difficultés auxquelles font face les forces de sécurité espagnoles, mais souligne que les autorités restent liées par leurs obligations en matière de droits humains, tant nationales qu'internationales. Elle demande aux gouvernements espagnol et de Ceuta d'établir en urgence un plan d'assistance humanitaire prévoyant un hébergement digne, avec une protection spécialisée pour les femmes et les enfants. Elle appelle également les communautés autonomes espagnoles à faciliter la relocalisation des mineurs non accompagnés depuis l'enclave.
Ce rapport s'inscrit dans un contexte de surveillance internationale de longue date sur la gestion par l'Espagne de la migration dans ses enclaves nord-africaines. Amnesty a par le passé documenté des allégations d'usage excessif de la force, d'expulsions illégales et d'entraves à l'accès à l'asile dans la région frontalière Ceuta-Melilla, impliquant tant les autorités espagnoles que marocaines.
Source: Hespress