Fusillade au collège d'Aubagne : la fascination mortelle de la True Crime Community
Un adolescent de 14 ans arrêté après avoir tiré sur deux personnels de son collège d'Aubagne a admis être influencé par la True Crime Community. Ce mouvement d'extrémistes en ligne glorifie les tueurs de masse et se propage rapidement parmi les jeunes vulnérables.

La mouvance radiale qui inspire des actes violents
Un adolescent de 14 ans a été placé en détention provisoire après avoir blessé par balles le principal et une enseignante de son collège d'Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, lundi 12 octobre. Selon le parquet national antiterroriste (Pnat), il a admis « avoir été influencé » par la mouvance True Crime Community (TCC). TF1 Info rapporte que ce phénomène, identifié depuis plus d'une dizaine d'années, se traduit désormais par des passages à l'acte concrets sur le territoire français.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a confirmé que « c'est un phénomène qui monte en France », avec « quelque dizaines » de jeunes actuellement suivis par les renseignements. L'explosion est mondiale : en septembre 2025, le directeur du FBI signalait 1 700 enquêtes sur le terrorisme intérieur, soit une recrudescence de 300 % des dossiers ouverts en un an.
Qui sont les membres de la True Crime Community ?
La TCC correspond à une frange radicale qui glorifie les tueurs de masse et valorise leurs actes, selon Alexandre Ledrait, professeur de psychopathologie clinique et psychocriminologie à l'Université de Caen. Ce n'est pas une organisation centralisée, mais un ensemble de communautés numériques partageant des références, des images et des récits liés à l'extrême violence.
Les tueurs de masse, notamment ceux qui sévissent dans les écoles, sont transformés en figures d'identification, élevés au rang de héros ou d'idoles. Les membres se nourrissent de vidéos de tueries sur des plateformes comme Watch People Die et mettent en place une stratégie d'imitation avec une fascination quasi obsessionnelle : singer les écrits, l'apparence et les actes des auteurs de massacres pour devenir une figure reconnue dans la communauté et « s'inscrire dans le panthéon des tueurs ».
On retrouve cette mouvance sur les salons virtuels Discord et la plateforme Roblox, réputée pour permettre aux groupes extrémistes de recruter via des répliques virtuelles des tueries de masse jouables à la première personne.
Un profil narcissique alimenté par l'humiliation scolaire
Les jeunes qui basculent dans cette fascination recherchent surtout une notoriété via un passage à l'acte extrêmement fulgurant et une violence qui « explose tout d'un coup ». L'élément central est la valorisation de la violence plutôt qu'un projet politique partagé. Selon Ledrait, la radicalité est « éminemment narcissique », appuyée sur une vision misanthropique et destructrice du monde dans le but de créer le chaos.
Il existe un lien extrêmement fort entre le choix de commettre un attentat terroriste en milieu scolaire et un processus d'humiliation subi à l'école. Cette expérience provoque une « blessure narcissique extrêmement forte » que ces jeunes cherchent à colmater en renversant l'invisibilité : devenir connu, redouté, commenté, voire étudié, et ainsi exister dans la postérité.
Contrairement à d'autres mouvances extrémistes, la TCC accepte des personnes racisées et des femmes. Les membres présentent des vulnérabilités psychologiques particulières, souvent liées à des expériences d'exclusion sociale.
L'effet de contagion sociale inévitable
La dimension de contagion sociale est cruciale. Après la tuerie de Columbine aux États-Unis en 1999, qui a donné naissance aux communautés « Columbiners » considérées comme des précurseurs de la mouvance actuelle, 354 menaces de violences contre des établissements scolaires avaient été signalées en Pennsylvanie dans les 50 jours suivants, dont près de 56 % au cours des 10 premiers jours.
Entre la première porte d'entrée dans cette mouvance et le passage à l'acte, il ne s'écoule parfois que quelques mois seulement. Ledrait avertit : « Il y a quelques mois, j'aurais pu dire que la menace arrive en France. Aujourd'hui, elle est là. Et on peut redouter ce même phénomène d'imitation après ce qui s'est passé à Aubagne. »
Une prise de conscience insuffisante des autorités
Selon l'expert sollicité régulièrement par le Pnat de Paris pour réaliser des expertises psychologiques, les pouvoirs publics n'ont absolument pas pris la mesure de la gravité de la situation. Il souligne qu'une méconnaissance persistante de ce phénomène entrave une prévention effective. La menace, autrefois imminente, est désormais bien concrète sur le territoire français, et l'urgence d'une action gouvernementale coordonnée se fait sentir face à cette radicalisation adolescente alimentée par les réseaux numériques.
Source: TF1 Info