Reconstitution Jubillar : le moment clé de l'enquête avant le procès en appel
Cédric Jubillar participe vendredi à une seconde reconstitution à Cagnac-les-Mines après ses aveux concernant la mort de son épouse en décembre 2020. Les magistrats et avocats expliquent l'importance cruciale de cet acte dans les enquêtes criminelles.

La reconstitution, étape décisive des enquêtes de meurtre
Selon BFM TV, Cédric Jubillar sera de retour ce vendredi 2 octobre dans sa maison de Cagnac-les-Mines (Tarn) pour participer à une seconde reconstitution. Sous la supervision d'enquêteurs, d'avocats et de magistrats, il devra reproduire les gestes et actions qui ont conduit à la mort de son épouse Delphine Jubillar dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
Le peintre-plaquiste, condamné en première instance à 30 ans de réclusion criminelle, devrait être jugé en appel du 30 avril au 14 mai 2027. Ses aveux en juillet dernier ont transformé le dossier : après avoir clamé son innocence pendant des années, il a finalement reconnu avoir tué son épouse lors d'une dispute, avant de transporter son corps en voiture et de le dissimuler sous un monticule de terre dans un champ situé à une dizaine de kilomètres de leur domicile. Cette nouvelle reconstitution s'inscrit dans un cadre de supplément d'information visant à fixer le déroulé exact des faits et la nouvelle version du mis en cause.
Un outil de la vérité judiciaire
Les reconstitutions sont quasiment systématiques dans les dossiers de crimes susceptibles d'être jugés aux assises. Daniel Francisco, juge d'instruction à Fort-de-France en Martinique, explique que cet acte « permet de mettre en images et en mouvement ce qui a été établi comme une vérité juridique ». Lorsque les versions du mis en examen et des témoins divergent significativement, la reconstitution aide les enquêteurs à s'approcher de la vérité.
Le magistrat revient sur le cas de deux hommes poursuivis pour séquestration et meurtre par incendie. Leurs versions avaient évolué durant la reconstitution, conduisant à de nouveaux interrogatoires et à un nouvel élan de l'enquête. Pour la reconstitution Jubillar de vendredi, onze avocats de parties civiles seront présents aux côtés d'un magistrat instructeur, d'un médecin légiste, du procureur et de Cédric Jubillar. Les proches de Delphine ne seront pas sur les lieux.
Quand la présence des familles change la donne
Dans la plupart des cas, seuls le mis en examen et les acteurs policiers et judiciaires participent à cette étape d'enquête confidentielle. Cependant, certaines situations exceptionnelles permettent aux proches des victimes d'accompagner leurs avocats. Les parents de la petite Maëlys de Araujo avaient été autorisés en septembre 2018 à assister à la reconstitution de l'enlèvement et du meurtre de leur fille, un an après les faits. La mère de l'enfant s'était adressée au suspect Nordahl Lelandais en le traitant de « sale monstre » et de « pédophile ». Bien que le suspect n'ait pas cédé à cette confrontation — il a depuis été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité — cette présence peut parfois s'avérer décisive.
L'affaire Alexia Daval reste l'une des reconstitutions les plus marquantes de ces dernières années. Gilles-Jean Portejoie, avocat de la famille de la victime, se souvient encore du lundi 17 juin 2019 comme de « l'un des moments les plus forts » de sa carrière. « On se retrouve dans ce bois, il fait une chaleur incroyable. Jonathann Daval nie farouchement avoir brûlé le corps d'Alexia. Mes clients se rapprochent à quelques mètres de lui, et Isabelle Fouillot lui dit qu'il leur doit la vérité », raconte l'avocat. Un échange intense d'une dizaine de minutes s'engage alors, durant lequel la mère d'Alexia Daval enjoint son beau-fils à tout avouer par affection pour la famille. La juge aurait pu interrompre l'échange mais l'a laissé se dérouler.
Les défis logistiques et humains de la reconstitution
Dans la majorité des cas, les reconstitutions demandent un lourd effort logistique au juge d'instruction et aux enquêteurs. La reproduction la plus fidèle possible des crimes nécessite d'accéder aux lieux du drame et de mobiliser nombreux acteurs du procès à venir. Si la victime est décédée, il faut trouver une personne de même corpulence pour l'incarner au mieux, explique Thomas Cassuto, ancien juge d'instruction.
Le magistrat ajoute qu'il faut anticiper le cas où l'auteur refuserait de participer, même en tant que partie de la procédure. Un figurant incarne alors les gestes décrits dans la procédure. La plupart du temps, ces rôles sont tenus par des policiers ou des gendarmes. Lorsque les gestes à reproduire sont trop violents, un mannequin peut remplacer l'humain, comme lors de la reconstitution du meurtre de Maëlys de Araujo.
Cette organisation exigeante doit aussi coller à la temporalité des événements. « Si on veut reconstituer un accident ou un crime qui s'est déroulé en quelques secondes, cela peut prendre plusieurs heures parce qu'il faut que tout le monde puisse s'exprimer. C'est tout l'intérêt d'une reconstitution », précise Thomas Cassuto.
L'épreuve pour le mis en examen
Pour le mis en examen, la reconstitution demeure « un moment extrêmement violent ». Me Pierre Giuriato est l'avocat de Jean-Marc Reiser, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de 22 ans de sûreté pour l'assassinat de Sophie Le Tan en 2018. Lors de la reconstitution en février 2021, l'expérience s'était révélée particulièrement éprouvante pour le condamné.
Source: BFM TV