Renvoi aux assises du meurtre de Crépol : le débat sur le racisme anti-blanc relancé
Onze accusés ont été renvoyés devant la cour d'assises pour le meurtre de Thomas Perotto, 16 ans, en novembre 2023. Les juges ont retenu une circonstance aggravante de racisme anti-blanc, rejetée initialement par le parquet.

Circonstance aggravante reconnue après débat
Selon Le Figaro, les juges d'instruction ont renvoyé onze accusés devant la cour d'assises des mineurs de la Drôme le 25 septembre pour le meurtre de Thomas Perotto, 16 ans, tué dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023 à la sortie du bal de Crépol. Les magistrats ont reconnu une circonstance aggravante : « les faits ont été précédés, accompagnés ou suivis de propos portant atteinte à l'honneur des victimes en raison de leur appartenance, vraie ou supposée, à la race blanche et à la nation française ». Cette qualification s'appuie sur un faisceau d'éléments documentés.
L'ordonnance recense dix-neuf témoins qui ont rapporté des propos visant les personnes blanches, et cinq autres ayant entendu des insultes contre les Français. Les formules recueillies incluaient « on va planter du blanc », « on est là pour tuer des petits blancs » et « sale Français de merde ». Les juges retiennent une concordance sur l'existence de propos discriminatoires, recueillis peu après les faits. L'exploitation des téléphones des mis en examen montre que le mot « français » était habituellement utilisé pour désigner ceux n'appartenant pas à leur groupe. Un accusé a reconnu avoir entendu de tels propos.
Désaccord avec le parquet
Le parquet de Valence s'était opposé à cette qualification dans son réquisitoire du 17 août. Il avait estimé que les témoignages étaient « très minoritaires » au regard du nombre d'auditions effectuées. Le Code pénal prévoit explicitement une aggravation de peine lorsque le crime est commis à raison de l'appartenance à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion, sans hiérarchiser les victimes selon leur origine. L'avocat et chroniqueur Gilles-William Goldnadel souligne dans sa tribune que la difficulté n'est pas juridique mais politique. Il note que le parquet, qui parle au nom de la société, avait refusé de requérir cette circonstance aggravante.
Contexte de débat public
La reconnaissance de cette qualification intervient après plusieurs années de controverse. L'association SOS Racisme a maintenu que le racisme anti-blanc est « une notion qui vient de l'extrême droite » et qu'elle « n'a aucune réalité statistique ». Lorsque les juges ont retenu la circonstance aggravante, l'association n'a publié aucun communiqué ni annoncé de constitution de partie civile en soutien aux victimes. D'autres interventions publiques ont également remis en question le récit des faits : le journaliste Patrick Cohen avait affirmé dès novembre 2023 que les jeunes impliqués n'étaient pas venus « casser du blanc » mais s'amuser et draguer. En 2025, une enquête audiovisuelle documentaire a cherché à « démonter » le récit d'un raid anti-blanc.
À l'inverse, certaines organisations ont contribué à la reconnaissance de la circonstance. L'AGRIF de Bernard Antony, par l'intermédiaire de l'avocat Jérôme Triomphe, a déposé des observations ayant contribué à cette qualification. Des ouvrages documentaires ont également étudié le phénomène : « Le racisme anti-blanc. L'enquête interdite » et « Sale Blanc. Le racisme qu'on ne veut pas voir », publiés par François Bousquet, collectent des centaines de témoignages issus de l'école, de la rue et des quartiers. Ces éléments confortent les observations des juges dans l'affaire de Crépol.
Enjeu de reconnaissance juridique
Goldnadel souligne que le silence initial du parquet révèle un malaise politique autour de la reconnaissance du racisme lorsque les victimes sont blanches et françaises. Il affirme que si la victime avait été d'une autre ethnie et nationalité, avec des propos similaires, aucun débat n'aurait eu lieu sur la qualification. À Crépol, poursuit-il, les assaillants n'ont pas choisi leurs propos au hasard : « blanc » et « français » désignaient la même cible — ceux du village, ceux qui n'appartenaient pas au groupe des auteurs. Le procès aura pour tâche de statuer sur ces qualifications et leurs fondements factuels.
Source: Le Figaro