Zacarias Moussaoui, condamné pour le 11-Septembre, demande à finir sa peine en France

Seule personne condamnée aux États-Unis pour complicité dans les attentats du 11 septembre, Moussaoui demande son transfèrement en France via son avocat.

Moussaoui veut purger sa peine en France, 25 ans après les attentats

À quelques jours des commémorations du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, le Français Zacarias Moussaoui demande à être transféré en France pour y purger la fin de sa peine de réclusion à perpétuité. Selon BFM TV, c'est son avocat, Romain Ruiz, qui a sollicité les autorités judiciaires françaises en ce sens.

Me Ruiz dénonce des conditions de détention "ultra-répressives" dans la prison de très haute sécurité du Colorado où Moussaoui est maintenu à l'isolement depuis sa condamnation. Il y a huit ans, le condamné avait lui-même demandé à être entendu par un juge, dénonçant une "torture psychologique". L'avocat conteste par ailleurs le verdict américain, qu'il juge "entaché d'au moins 14 violations de ses droits", et évoque un procès à charge reposant sur une enquête biaisée.

Un parcours de l'intégration à la radicalisation

Zacarias Moussaoui est né le 30 mai 1968 à Saint-Jean-de-Luz, au Pays basque, dans une famille franco-marocaine. Cadet de la fratrie, il grandit auprès d'une mère victime de violences conjugales qui obtient le divorce et s'installe à Perpignan. Le jeune homme alterne séjours au domicile familial et passages en orphelinat, avant de décrocher son baccalauréat et d'entamer des études supérieures. Un ancien camarade de BTS le décrivait, dans une archive de l'INA, comme un homme apprécié et fêtard, "un symbole d'intégration."

Dans les années 1990, il commence à fréquenter des milieux islamistes et entre dans le radar des renseignements territoriaux français. En 1992, il s'envole pour le Royaume-Uni où il poursuit sa scolarité en école de commerce et fréquente des mosquées locales où gravitent des extrémistes. Selon les services secrets français, il effectue plusieurs voyages au Pakistan au cours de cette décennie — porte d'entrée vers les camps d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan.

Arrivée aux États-Unis et arrestation

Le 26 février 2001, Moussaoui débarque aux États-Unis muni d'un visa d'étudiant. Il s'inscrit immédiatement à l'Airman Flight School de Norman, en Oklahoma, pour obtenir un brevet de pilote. Ses instructeurs refusent de le laisser voler en solo. À la mosquée locale, il se fait remarquer par son fondamentalisme : il affirme, entre autres, que le football est contraire à l'islam. "En fait, il énervait tout le monde", confiera un co-religionnaire, Mujahid Abdulqaadir.

Il rejoint ensuite le Minnesota et se présente à la Pan Am International Flight School d'Eagan. Il demande à s'entraîner sur simulateur d'un Boeing 747, précisant qu'il ne souhaite pas apprendre à décoller ni à atterrir — uniquement à effectuer des virages en vol. Il propose de régler les 8 000 dollars de formation en liquide.

Intrigués, les responsables de l'école le signalent aux autorités le 13 août. Il est interpellé quatre jours plus tard par le FBI pour séjour irrégulier, son visa ayant expiré. Lors de son arrestation, il a en sa possession des couteaux, des jumelles, des manuels de vol, des gants de combat, des protège-tibias, un caméscope, un logiciel de simulateur de vol, un CD-rom sur des pesticides et un carnet de téléphone avec des numéros en Allemagne.

Aux alentours du 1er septembre 2001, soit une dizaine de jours avant les attentats, la Direction de la surveillance du territoire (DST) française informe ses homologues américains de l'appartenance présumée de Moussaoui au réseau d'Oussama ben Laden. Le FBI estime ne pas disposer de suffisamment d'éléments pour l'inculper ; aucune perquisition n'est effectuée à son domicile.

Le "20e pirate de l'air" devant la justice

Après le 11 septembre, Moussaoui est transféré à New York et placé sous mandat d'arrêt fédéral. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir été désigné comme cinquième pilote du vol United Airlines 93, qui devait s'écraser sur un bâtiment gouvernemental à Washington mais s'est abîmé en Pennsylvanie à la suite de la rébellion des passagers et de l'équipage.

Six chefs d'inculpation sont retenus contre lui, dont quatre passibles de la peine de mort. Moussaoui se qualifie lui-même de "20e pirate de l'air", tout en affirmant ne pas avoir participé aux attaques du 11 septembre : sa mission, dit-il, était de frapper ultérieurement la Maison Blanche.

La procédure s'étire sur quatre ans, marquée par un comportement erratique. Il plaide coupable, puis se rétracte. Accepte des avocats, puis les récuse. Plaide à nouveau coupable en avril 2005. "Il est comme vous le voyez à l'audience", tentait d'expliquer son avocat Edward MacMahon à l'AFP. Ses défenseurs n'excluaient pas d'invoquer une schizophrénie.

Jugé en 2006, il est condamné à la réclusion à perpétuité pour complicité dans les attentats du 11 septembre 2001. Une cour d'appel américaine confirme la peine en janvier 2010. Depuis lors, Moussaoui purge sa condamnation à l'isolement dans la prison de très haute sécurité du Colorado, où il se trouve depuis 25 ans.

Source: BFM TV