Hôpitaux, écoles, aviation : les cyberattaques menacent des secteurs critiques en Belgique
Les cyberattaques se multiplient en Belgique, avec 588 incidents recensés fin septembre, dépassant déjà le total de 2025. L'IA amplifie la menace sur des secteurs essentiels.

Cybermenaces en hausse : hôpitaux, aviation et écoles dans le collimateur
Supermarchés belges et européens paralysés dans leurs systèmes de réfrigération, Pluxee, le SPF Finances, des hôpitaux : les cyberattaques touchent des secteurs toujours plus variés en Belgique et en Europe. Selon DHnet, deux collectifs pro-russes, NoName057(16) et Z-Pentest, ont revendiqué ces dernières intrusions sur Telegram, mais leur implication effective reste à établir.
"La question est de savoir s'il s'agit d'opportunisme ou si ces groupes sont réellement derrière les faits", déclare le général-major Pierre Ciparisse, chef de la Force cyber de la Défense. Si leur responsabilité se confirme, il s'agirait davantage d'activistes pro-russes que d'un acteur étatique. "Des attentats commis par un individu isolé peuvent aussi être récupérés après coup", rappelle-t-il.
Le Centre pour la cybersécurité Belgique mobilisé
Face à l'ampleur de l'incident, le Centre pour la cybersécurité Belgique (CCB) coordonne la réponse et tient informés les services de sécurité, dont la Sûreté de l'État, le renseignement militaire, l'OCAM et la Force cyber. "Depuis lundi, nous découvrons chaque jour de nouvelles victimes", indique le général-major Ciparisse. Les attaques sont toujours en cours au moment où l'enquête se poursuit.
Le bilan est préoccupant : fin septembre, la Belgique comptabilisait déjà 588 cyberincidents, soit plus que sur l'ensemble de l'année 2025 — et ce chiffre ne recense pas nécessairement la totalité des attaques.
Remonter jusqu'aux auteurs reste un défi considérable. "Cela prend beaucoup de temps et ce n'est pas toujours possible. Plus une attaque est détectée tôt, moins l'attaquant a laissé de traces dans le système. Or, ce sont elles qui permettent de remonter jusqu'à lui", explique Pierre Ciparisse. Réagir rapidement protège donc les victimes, mais complique simultanément l'identification des responsables. La Défense le sait de première main : après la cyberattaque majeure qu'elle a subie en 2021, les investigations se poursuivent encore aujourd'hui.
L'IA, démultiplicateur d'attaques et de défense
L'intelligence artificielle joue désormais un rôle central dans l'évolution du paysage des cybermenaces. "C'est un démultiplicateur : elle permet de trouver des vulnérabilités et de construire plus facilement des attaques. Des acteurs moins expérimentés peuvent désormais obtenir des résultats beaucoup plus importants", détaille le général-major. L'IA accélère toutefois aussi la défense, en facilitant la détection des failles et leur correction.
Le défi est désormais de réagir quasi instantanément. "Avant, les correctifs étaient installés chaque mois, puis chaque semaine. Il faudrait bientôt pouvoir le faire tous les jours, voire automatiquement", estime Ciparisse.
Le cyberespace ne se limite d'ailleurs pas aux seuls ordinateurs : il englobe aussi la guerre électronique. Le brouillage du GPS, cité par le général-major comme exemple concret, peut affecter l'aviation civile, les forces navales et terrestres.
Aviation, santé, écoles : des secteurs particulièrement exposés
Pour Axel Legay, expert en cybersécurité, plusieurs secteurs méritent une vigilance accrue. L'aviation civile figure en tête, avec des conséquences potentiellement "catastrophiques" en cas d'attaque. "J'ai travaillé là-dessus il y a dix ans, et je peux vous dire que sur les théâtres d'opérations, le brouillage des GPS est déjà une réalité", note-t-il. L'expert souligne également les enjeux liés à l'aviation décentralisée autonome — un trafic aérien où les appareils coordonneraient eux-mêmes leurs trajectoires sans contrôle central. "On n'y est pas encore, mais il y a de gros progrès grâce aux drones." Plus un système s'automatise et se connecte, plus il multiplie les portes d'entrée potentielles pour des pirates.
Le secteur de la santé est également vulnérable, après l'attaque ayant visé un stock de sang en France. "Les hôpitaux se connectent de plus en plus pour entrer dans la médecine du futur, tout passe alors par un réseau, d'abord celui de l'hôpital, puis internet. Une intervention à distance ou un dossier patient consultable à tout moment supposent que ce réseau fonctionne en permanence, et qu'il ne soit pas piraté", avertit Legay.
Le milieu scolaire constitue une préoccupation croissante : des pirates s'en prennent "aux enfants par hameçonnage pour récupérer leurs données", rapporte l'expert. Les câbles sous-marins représentent une autre menace, dont l'atteinte pourrait paralyser les télécommunications et une grande partie d'internet.
Transports, énergie, télécommunications : les secteurs stratégiques pour la Défense
Le général-major Ciparisse rappelle que la Défense intervient en deuxième ligne, derrière le CCB. Trois secteurs sont jugés particulièrement critiques : les transports, l'énergie et les télécommunications. En cas de conflit, ils seraient indispensables pour acheminer des troupes alliées vers l'est et assurer le fonctionnement des bases arrière.
"Nous travaillons étroitement avec eux pour évaluer leur résilience face aux cyberattaques, mais ce sont avant tout ces secteurs qui doivent mettre en place les mesures de protection nécessaires", conclut Pierre Ciparisse.
Source: DHnet