Ancien pompier condamné pour incendie volontaire à Grundhof, 23 résidents en danger
Un ex-pompier de 42 ans a mis le feu à son propre immeuble à Grundhof en mai 2023, mettant en péril 23 résidents. Il comparaît devant le tribunal de Diekirch.

Procès à Diekirch : l'ex-pompier qui a incendié son propre immeuble
Dans la nuit du 10 au 11 mai 2023, un immeuble de 24 appartements à Grundhof, dans le nord-est du Luxembourg, a pris feu. Les 23 autres résidents ont été mis en danger. Trois ans après les faits, l'auteur de l'incendie volontaire est jugé devant le tribunal de Diekirch, rapporte L'Essentiel.
Bob, 42 ans, a lui-même allumé les flammes dans le grenier du bâtiment où il résidait, après une journée de consommation excessive d'alcool. «J'en avais assez de ma vie, je n'arrivais pas à avancer, à trouver un emploi, à me mettre en couple. J'ai donc mis le feu avec un briquet à une bâche que j'avais posée sur un matelas dans ce grenier. Après, je suis retourné dans mon appartement, je ne sais plus pourquoi, je n'ai plus de souvenirs», a-t-il déclaré ce lundi face aux juges.
Un parcours marqué par la rupture et l'alcool
Jusqu'à ses 29 ans, Bob menait une vie ordinaire. Menuisier indépendant, il s'était engagé chez les pompiers de Schifflange et avait gravi les échelons jusqu'au grade de sous-commandant. En 2009, un tournant brutal : un «ami très proche» a signalé des infractions de sécurité dans son atelier à l'Inspection du travail et des mines (ITM), entraînant la fermeture de l'atelier. Bob quitte également la caserne.
C'est sous l'emprise de l'alcool qu'il décide alors d'incendier un camion de son ancienne caserne. Condamné à six ans de prison à l'issue d'un premier procès, il a peiné, une fois libéré, à se réinsérer professionnellement et s'est réfugié dans l'alcool — une dépendance déjà présente chez sa mère.
En août 2019, résidant dans un camping à Grundhof, il a sorti son briquet sur la terrasse d'un bungalow voisin du sien, ravageant deux bungalows. Une enquête avait été ouverte, mais les policiers n'avaient pu établir de preuves matérielles contre lui. «Il ne restait plus rien», a déclaré l'un des commissaires chargés de l'affaire. Ce n'est qu'au cours de l'enquête sur l'incendie de 2023 que Bob a admis être également l'auteur de cet incendie.
Un immeuble sans porte coupe-feu
Après la fermeture du camping, Bob avait emménagé dans un appartement d'un ancien hôtel réaménagé, dans ce même village de la commune de Beaufort. Plusieurs tentatives de sevrage en milieu hospitalier étaient restées sans succès. La soirée du 10 mai 2023 a suivi une journée de forte consommation d'alcool. «Je souffrais d'alcoolisme. Dans un état sobre, je n'aurais jamais pensé à allumer un incendie», a-t-il affirmé aux juges. «Je ne sais pas pourquoi je prends un briquet en main après avoir bu.»
Un expert entendu lors de cette première audience a souligné les conditions particulièrement dangereuses du bâtiment : «C'était un ancien immeuble, sans porte coupe-feu. Aucune mesure de prévention des incendies n'a été mise en place ; il n'en fallait pas beaucoup pour que tout s'embrase.» Le juge a relevé la contradiction : «Un ancien pompier devrait être conscient de ces conséquences.»
Heureusement, l'incendie n'a pas fait de blessés graves. Mais les dommages matériels et humains sont considérables.
Des victimes toujours sans logement fixe
L'avocate de Micheal, l'un des résidents sinistrés, a dressé un tableau sombre des conséquences pour son client. «Il n'y a pas que des dégâts matériels dans cette histoire», a-t-elle insisté. Micheal n'a pu sauver que son chat lors de l'évacuation et a perdu la quasi-totalité de ses effets personnels. Depuis l'incendie, il n'a pas retrouvé de logement stable : il a successivement dormi dans un camping sans chauffage, puis dans sa voiture. Son avocate réclame 10 000 euros de dommages et intérêts.
D'autres victimes ont formulé des demandes similaires. Plusieurs d'entre elles se trouvaient déjà dans des situations précaires avant l'incendie et n'ont, à ce jour, pas réintégré le marché locatif privé. Lors des plaidoiries, l'un des sinistrés s'est directement adressé à l'accusé : «Depuis trois ans, je vis dans la rue à être réveillé à cause de la pluie, juste parce que toi tu avais envie de jouer avec le feu.»
Une deuxième audience dans cette affaire est prévue jeudi.
Source: L'Essentiel