Destitution du président paraguayen Peña après la crise bancaire Ueno, assigné à résidence

Le Sénat paraguayen a destitué à l'unanimité Santiago Peña pour mauvaise gestion liée à la faillite d'Ueno Bank, touchant près de trois millions de déposants.

Destitution du président paraguayen Peña après la crise bancaire Ueno, assigné à résidence

Santiago Peña renversé au Paraguay après l'effondrement d'Ueno Bank

Le Paraguay a investi un nouveau président vendredi : Pedro Alliana, 52 ans, a prêté serment devant le Sénat quelques heures après la destitution unanime de son prédécesseur Santiago Peña, selon DHnet. Peña, 47 ans, a été assigné à résidence dans la foulée, en attendant son audition.

« Les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls », a déclaré Alliana lors de sa première allocution devant le Sénat.

Destitution unanime pour « mauvais exercice de ses fonctions »

Le Sénat paraguayen a reconnu Peña coupable à l'unanimité de « mauvais exercice de ses fonctions », directement lié à la débâcle de la banque en ligne Ueno. Son mandat devait en principe courir jusqu'en 2028. Proche allié de Washington, l'ex-chef d'État avait été président depuis 2023.

Lors du procès en destitution, des sénateurs l'ont accusé d'avoir « permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel ». Le sénateur Adrián Vaesken a résumé les accusations en évoquant le fait d'« avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés ». Des sénateurs ont également rappelé que Peña était, avant même sa présidence et jusqu'en 2025, actionnaire de la holding financière propriétaire d'Ueno Bank.

Absent à l'audience, Peña était défendu par ses avocats, qui ont contesté la validité du procès. L'un de ses conseils, Ricardo Preda, a plaidé que le Parlement « n'a pas compétence pour juger une personne qui a décidé de renoncer à sa charge », en référence à la démission présentée la veille par l'ex-président. Le Parlement avait cependant refusé cette démission : si elle avait été acceptée, Peña serait devenu sénateur à vie, avec immunité parlementaire, comme le prévoit la Constitution.

Une heure après le vote, assigné à résidence

À peine une heure après sa destitution, la procureure Silvia Margarita González Vester a annoncé à des journalistes que Peña serait placé en détention à domicile. Il devait être entendu le samedi suivant à 11h00 (14h00 GMT) pour les délits présumés d'abus de confiance, trafic d'influence et gestion à des fins personnelles.

La crise bancaire, déclencheur d'une tourmente politique

La crise avait éclaté mardi lorsque la Banque centrale du Paraguay (BCP) avait placé Ueno Bank sous tutelle pour insolvabilité. Florissante ces dernières années, la banque en ligne revendiquait près de trois millions de clients — soit près de la moitié de la population du pays. L'intervention de la BCP a gelé leurs dépôts, affectant également des entreprises, des institutions et des fonds de pension.

Pedro Alliana, issu du même Parti Colorado conservateur que Peña, avait lui aussi été mis en cause dans la crise bancaire. Dans son cas, le Parlement avait toutefois voté contre l'ouverture d'un procès en destitution.

Remboursements en cours, euphorie et scepticisme dans la rue

La Banque centrale a commencé à reverser des fonds aux épargnants. « Le processus de versements d'avances de garantie aux déposants de Ueno Bank a commencé jeudi », a déclaré à l'AFP José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP. Les premiers décaissements concernent des déposants dont les avoirs dans Ueno représentaient entre 1 et 10 millions de guaranies, soit entre 160 et 1 600 dollars américains. Un avocat de Peña a indiqué que quelque 700 000 personnes avaient déjà bénéficié de premiers versements vendredi.

Quelques centaines de personnes rassemblées devant le Parlement ont accueilli la destitution de Peña dans la liesse. « Enfin, enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue ! », s'extasiait Jessica Aquino, employée de 32 ans, auprès de l'AFP. « Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison ! »

Jonathan Riverola, 24 ans, étudiant dont la famille est directement touchée par le gel des dépôts, se montrait plus nuancé. « Un bonheur ! On a obtenu ce qu'on voulait, la condamnation, le procès et voilà ! Mais pas si content, car son successeur va être Alliana », du même parti conservateur hégémonique, tempérait-il.

Effets régionaux : Argentine et Conmebol touchés

La crise bancaire paraguayenne a également eu des répercussions au-delà des frontières. En Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, appartenant au même groupe qu'Ueno, ont été suspendus trente jours sans salaire. Par ailleurs, la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans la banque, a indiqué à l'AFP une source interne ayant requis l'anonymat.

Source: DHnet

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