Procès de la martyre de l'A10 : les parents d'Inass Touloub jugés à Blois, 39 ans après sa mort
Les parents d'une fillette de 4 ans dont le corps mutilé avait été retrouvé au bord de l'A10 en 1987 comparaissent devant la cour d'assises du Loir-et-Cher.
Les parents d'Inass Touloub devant la cour d'assises du Loir-et-Cher
Selon leparisien.fr, le procès de la « martyre de l'A10 » s'est ouvert lundi 2 novembre devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois, près de quarante ans après la découverte du corps mutilé d'une fillette de 4 ans au bord de l'autoroute. Les audiences sont prévues jusqu'au vendredi 18 novembre.
La mère, Halima El Bakhti, est poursuivie pour « tortures et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Son père, Ahmed Touloub, répond quant à lui de « complicité ». Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Après une période de détention provisoire, ils ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire et comparaissent donc libres à la barre.
Une découverte macabre en plein été 1987
Tout débute le 11 août 1987, dans l'après-midi. Deux agents de la société Cofiroute débroussaillent les abords de l'autoroute A10 lorsque, vers 15 heures, au kilomètre 135 sur l'axe Orléans-Blois, ils découvrent un « paquet ». Enveloppée dans une couverture en laine bleue, une petite fille gît dans l'herbe, vêtue d'une culotte en coton blanc, d'un maillot de corps rayé et d'une robe de chambre à carreaux. Ses cheveux sont bruns et bouclés. Son âge est estimé entre 3 et 5 ans.
La dépouille porte des traces évidentes de sévices : fractures, une côte cassée, des brûlures imputées notamment à un fer à repasser, des ecchymoses disséminées sur tout le corps et le visage, et une quinzaine de morsures. « De toute évidence, nous sommes en présence d'une enfant battue, et ce de longue date », relève l'expertise figurant dans l'arrêt de la chambre de l'instruction.
Trente et un ans pour rendre une identité à l'enfant
Le 9 septembre 1987, la fillette est inhumée dans le cimetière de Suèvres, village de quelque 1 300 habitants proche de Blois. Des gendarmes en civil surveillent discrètement la cérémonie et les abords de la tombe pendant des semaines, espérant voir un meurtrier pris de remords venir se recueillir. En vain.
L'enquête s'étend à tout le Loir-et-Cher et aux départements limitrophes. Le visage de l'enfant circule d'abord sous forme de croquis, puis en photo retouchée. L'avis de recherche est placardé dans 65 000 écoles et 30 000 mairies, dans chaque commissariat, gendarmerie, bureau de poste, gare et aéroport du pays. Son signalement est diffusé dans plus de 30 pays, notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Le premier juge d'instruction, Georges Domergue, s'oriente vers une famille d'origine maghrébine, au vu des traits méditerranéens de l'enfant.
L'état civil de 388 fillettes nées entre 1983 et 1984, pour lesquelles l'État ne pouvait rendre compte de leur devenir, est vérifié — sans résultat. Après cinq ans de recherches, une première ordonnance de non-lieu est rendue en 1992.
Des appels télévisés et une nouvelle autopsie, sans succès
Le 1er mars 1993, 9 millions de téléspectateurs suivent sur TF1 la première de l'émission « Témoin numéro un » de Jacques Pradel, créée spécialement pour cette affaire. Une centaine d'appels sont enregistrés et le parquet rouvre l'enquête, sans qu'aucune piste concluante n'en émerge.
En décembre 1995, la juge d'instruction Françoise Benezech fait exhumer le corps pour une nouvelle autopsie. Les prélèvements ne permettent pas d'identifier la fillette. Une nouvelle ordonnance de non-lieu est prononcée en 1997. Pendant près d'une décennie, le dossier reste en sommeil, même si les acteurs judiciaires successifs continuent de surveiller le délai de prescription.
Il faudra finalement 31 ans d'enquête et de persévérance pour que l'identité de l'enfant soit établie, en 2018 : Inass Touloub. Depuis lors, sa tombe dans le petit cimetière de Suèvres, longtemps ornée de la seule épitaphe « À la mémoire de la petite inconnue de l'autoroute A10 », est parmi les plus fleuries du cimetière.
Un procès qualifié d'« exceptionnel »
Fabrice Belargent, procureur général à la cour d'appel d'Orléans, qualifie ce procès d'« exceptionnel ». Des moyens conséquents ont été déployés pour permettre la tenue des audiences dans l'enceinte du palais de justice de Blois, peu adaptée à des débats de cette ampleur médiatique. L'affaire constitue l'un des plus anciens « cold cases » de France et a alimenté pendant des décennies la chronique judiciaire.
« Non, les parents n'ont pas le droit de vie et de mort sur leurs enfants », a déclaré un responsable judiciaire cité par leparisien.fr, soulignant la portée symbolique et juridique d'un procès attendu depuis près de quatre décennies.
Pierre Bouyssic, premier substitut du procureur de la République de Blois à l'époque de la découverte du corps, avait résumé l'état d'esprit des enquêteurs dans une série documentaire diffusée sur Canal+ : « On s'est tous juré de trouver celui qui a fait ça. » Rémy Maunier, alors chef des gendarmes de la section de recherche d'Orléans, rappelait pour sa part les contraintes techniques de l'époque : « On n'a pas encore de possibilité de faire des recherches ADN. On travaille sur le renseignement pur. »
Source: Google News LU FR