Triple assassinat à Marseille : des témoins paralysés par la peur au procès d'Aix

Au procès du triple meurtre lié au narcotrafic marseillais, plusieurs témoins ont multiplié les trous de mémoire face à la cour d'assises d'Aix-en-Provence.

Triple assassinat à Marseille : des témoins paralysés par la peur au procès d'Aix

Procès du triple meurtre à Marseille : la peur réduit les témoins au silence

À la cour d'assises d'Aix-en-Provence, le procès du triple assassinat commis dans le cadre du narcotrafic marseillais est marqué par une vague d'amnésies déclarées, selon 20minutes.fr. Témoin après témoin, les dépositions s'effacent dès que les questions se font précises.

Julien A., trentenaire au crâne rasé, a témoigné libre et sans charge — bien qu'il ait été un temps mis en examen dans cette affaire. Son box avait été sous-loué aux accusés et aurait servi, selon l'instruction, au démembrement d'une des victimes, dont le corps a été retrouvé calciné dans un véhicule le 5 janvier 2021 à Marseille. À la barre, il a enchaîné les « je ne sais pas », « je ne me souviens pas », « je ne veux pas répondre », tout en lâchant : « J'ai peur. J'ai peur de ces gens, de ces trucs. Qui n'aurait pas peur, ici ? »

Il est allé jusqu'à nier connaître Amine Oualane, alors même qu'il avait été condamné avec lui dans une affaire de vol. Pierre-Olivier Sur, l'un des avocats de la famille Kessaci, a relevé que le témoin craignait « vingt ans ou quarante balles, comme Monsieur Guilbert » — en référence à David Guilbert, assassiné à Marseille dans la nuit du 28 au 29 octobre 2023, et témoin gênant de ce procès pour avoir avoué avoir assisté à la découpe du corps de Nassim Loubani dans ce même box.

Plus tôt dans la journée du 27 octobre, Tahira*, veuve de Brahim Chabane et demi-sœur d'Amine Kessaci, a déclaré : « Je ne sais pas si je peux en parler ici, je tiens à ma vie. » Devant les enquêteurs à l'époque, elle avait décrit les activités de gérant de point de deal de son ex-mari. Devant la cour, elle les a réduites à de « petites conneries » et minimisé son rôle à celui de « guetteur ».

Le témoignage de Rolland M. a constitué un autre moment révélateur de la crainte que les accusés semblent exercer. Compagnon de détention d'Amine Oualane dans une autre affaire, il avait expliqué lors de l'enquête avoir loué le box de Julien A. pour y stocker sa moto. À l'audience, il a avancé : « En prison, j'ai pris un coup sur la tête, je ne me souviens de rien. » Depuis le box des accusés, Amine Oualane lui a alors lancé : « Vas-y, lâche toi ! » — l'invitant à admettre que le box servait à stocker la moto d'Oualane, alors en cavale après n'avoir pas réintégré sa cellule à l'issue d'une permission.

Le mercredi suivant, la scène s'est répétée avec l'audition, en visioconférence depuis Marseille, de Justine*, ex-compagne de Malik Kariba. Le président de la cour, Roger Arata, lui a assuré à deux reprises qu'elle pouvait « parler librement » et qu'il n'y avait « pas de piège ». En vain. Entre deux sanglots étouffés, Justine a multiplié les « je ne me souviens plus », les « c'était il y a longtemps » et les « j'étais jeune ». Ses déclarations antérieures faisaient pourtant état de coups reçus de Malik Kariba, qui lui aurait notamment confié : « Les trois bâtards, c'est mon équipe qui les ont charclés [tués]. »

Le témoignage attendu de l'ancienne compagne d'Amine Oualane, prévu en visioconférence ce même mercredi, a été ajourné après réception le matin même d'un arrêt de travail. La cour a ordonné une expertise médicale et un mandat d'amener. Ce nouveau silence s'ajoute à une série d'absences de mémoire qui freinent la manifestation de la vérité dans ce dossier aux ramifications profondes.

Source: Google News LU FR

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