Procès de l'enfant de l'A10 : la mère confrontée aux silences sur les violences

Halima El Bakhti, 72 ans, est jugée pour actes de torture ayant entraîné la mort de sa fille Inass, abandonnée sur l'autoroute en 1987. Son interrogatoire révèle des violences progressives mais aussi des zones d'ombre sur les quinze morsures découvertes au moment de l'autopsie.

La mère de l'enfant de l'A10 à la barre : entre aveux et dénégations

Le corps d'une petite fille abandonnée le long de l'autoroute A10 dans le Loir-et-Cher le 11 août 1987 a mobilisé pendant quatre décennies enquêteurs et magistrats. En 2023, Le Figaro avait consacré une enquête à cette énigme criminelle. Le procès de sa mère a débuté lundi 2 novembre à la cour d'assises de Blois, apportant enfin un dénouement attendu.

Halima El Bakhti, 72 ans, comparaît pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ahmed Touloub, le père, est jugé pour complicité. Selon Le Figaro, lors de son interrogatoire vendredi soir, la mère a raconté les débuts de la vie de sa fille, Inass, née le 3 juillet 1983 à Casablanca. « J'ai juste vu ses petits pieds, ses petits doigts », se souvient-elle d'avoir dit à sa naissance.

L'enfant a été confiée à sa grand-mère maternelle au Maroc pendant plus d'un an. Ahmed Touloub aurait exigé que sa femme ne ramène pas le nourrisson en France, où la famille vivait dans un deux-pièces à Vitry-sur-Seine. Halima El Bakhti a finalement chercher sa fille l'été suivant et l'a ramenée en France. « Après, c'était affreux tout le temps. C'était tout noir », a-t-elle déclaré à la cour en parlant de la période qui a suivi.

Lors de la projection des photographies de l'autopsie, les mêmes petits pieds et petits doigts visibles à la naissance étaient recouverts de morsures, brûlures, lésions et ecchymoses. Cet enfant est devenu connue sous le nom de « la martyre de l'A10 ». L'interrogatoire de la mère s'est cependant caractérisé par des silences prolongés quant aux quinze morsures récentes et aux multiples lésions découvertes sur le corps de la victime.

Halima El Bakhti a décrit l'isolement progressif de sa fille et les violences subies. Mais confrontée à des questions spécifiques sur les marques de torture constatées, elle s'est enferrée dans le déni, refusant ou ne pouvant expliquer ces actes. « Je ne savais pas pourquoi je tapais ma fille », a-t-elle notamment affirmé, selon les comptes-rendus d'audience, une formulation qui illustre son incapacité — ou son refus — à rendre compte de la maltraitance systématique subie par l'enfant.

Le déroulement du procès place Halima El Bakhti dans une position où ses propres paroles la contredisent : elle admet des violences tout en niant leur ampleur ou leur intention. L'absence de réponses claires sur les conditions précises de la mort de sa fille laisse un fossé entre les aveux fragmentaires et la réalité des lésions documentées sur le corps de l'enfant.

Source: Le Figaro